MANUELS SCOLAIRES

COURS DE DESSIN DE MENUISERIE, 4ÈME ANNÉE, OPTION MENUISERIE

Edition 2025 / Enseignement primaire, secondaire et technique en RDC

PRÉLIMINAIRES

0.1. Objectifs Généraux du Cours

Ce cours de 88 heures a pour vocation de perfectionner les compétences graphiques de l’élève de 4ème année, en l’amenant à concevoir et représenter des ouvrages de menuiserie complexes avec une rigueur industrielle. L’apprenant doit maîtriser la géométrie descriptive pour résoudre des problèmes spatiaux tridimensionnels (vraies grandeurs, angles de corroyage) et produire des dossiers techniques complets (plans d’ensemble, de détails, de fabrication) indispensables à la production en atelier.

0.2. Directives Méthodologiques

L’enseignement s’articule autour de la résolution de problèmes concrets rencontrés sur les chantiers congolais. Chaque concept de géométrie descriptive est immédiatement appliqué à un ouvrage réel, tel que le tracé d’un arêtier de toiture ou le développement d’un panneau cintré. L’usage des instruments de dessin traditionnels est privilégié pour développer la vision spatiale, tout en introduisant les normes de cotation ISO qui régissent les échanges techniques entre Kinshasa et l’international.

0.3. Matériel et Équipement Requis

L’élève doit disposer d’une planche à dessin format A3 minimum, d’un té, d’équerres (45° et 60°), d’un compas de précision à rallonge, de crayons de duretés variées (2H, HB) et d’instruments de mesure (règle graduée). L’atelier de dessin doit offrir un éclairage adéquat et des tables spacieuses permettant le déploiement de grands formats pour les épures d’escaliers.

0.4. Standards de Représentation

La clarté du dessin technique repose sur le respect strict des conventions de traits (continus forts pour les arêtes visibles, interrompus pour les cachées, mixtes fins pour les axes). Les cartouches d’inscription doivent comporter toutes les informations de traçabilité : titre de l’ouvrage, échelle, date, nom du dessinateur et modifications, simulant les exigences d’un bureau d’études professionnel.

 

 

PARTIE 1 : GÉOMÉTRIE DESCRIPTIVE APPLIQUÉE ET THÉORIE DU DESSIN

Cette première partie constitue le socle théorique indispensable à la maîtrise des formes complexes. Elle dépasse la simple représentation orthogonale pour aborder la géométrie descriptive, outil puissant permettant de déterminer graphiquement les vraies grandeurs, les angles de coupe et les intersections de volumes. L’élève acquiert ici les méthodes pour « mettre à plat » des volumes tridimensionnels, compétence cruciale pour le traçage des charpentes et des ouvrages de menuiserie biaises ou courbes.

Chapitre 1 : Projections et Recherche des Vraies Grandeurs

1.1. Les plans de projection et la représentation spatiale

La définition précise de l’objet dans l’espace repose sur le système de projection orthogonale sur les plans frontal, horizontal et de profil. L’élève apprend à positionner l’ouvrage dans le dièdre de référence et à coordonner les vues pour définir intégralement la géométrie de pièces complexes, comme des pieds de meubles galbés ou des consoles.

1.2. Représentation de la droite et du plan

Tout ouvrage se compose de lignes et de surfaces. Ce sous-chapitre approfondit la représentation des droites (quelconques, de bout, horizontales) et des plans sur l’épure. L’élève s’exerce à identifier la position relative d’une droite sur un plan, prérequis indispensable pour tracer les arêtes d’un assemblage complexe.

1.3. Techniques de recherche de la vraie grandeur

Les vues projectives déforment souvent les dimensions réelles. L’élève maîtrise les méthodes de rotation (faire pivoter l’objet autour d’un axe) et de rabattement (amener une face oblique sur le plan de projection) pour obtenir la vraie grandeur des surfaces et des longueurs, nécessaire au débitage précis du bois.

1.4. La méthode du changement de plan

Alternative à la rotation, le changement de plan consiste à définir un nouveau plan de projection parallèle à la face à étudier. Cette technique est particulièrement efficace pour les ouvrages d’architecture complexes rencontrés à Lubumbashi ou Matadi, permettant de simplifier les vues auxiliaires sans surcharger le dessin principal.

Chapitre 2 : Applications Techniques Complexes

2.1. Recherche de l’angle de corroyage

L’angle de corroyage est l’angle dièdre réel entre deux faces adjacentes d’une pièce de bois. L’élève apprend à déterminer graphiquement cet angle, souvent différent de 90° dans les ouvrages pyramidaux ou les trémies, pour régler les guides de la dégauchisseuse ou de la scie circulaire avec exactitude.

2.2. Recherche de la section capable

Pour optimiser la matière, il faut connaître la section de bois brut minimale nécessaire pour tirer une pièce profilée ou courbe. Ce point enseigne le tracé de la section capable à partir de la vue en bout de la pièce finie, intégrant les surcotes d’usinage, afin d’économiser des essences précieuses comme le Wenge ou l’Afrormosia.

2.3. Intersections de volumes et développements

Les ouvrages de menuiserie impliquent souvent la pénétration de volumes (ex: lucarne dans un toit). L’élève s’exerce à tracer les lignes d’intersection entre cylindres, prismes et cônes, et à réaliser le développement (mise à plat) de ces surfaces pour la découpe de panneaux de revêtement ou de tôles d’habillage.

2.4. Application aux ouvrages de charpente

La géométrie descriptive trouve son application reine dans la charpente. L’élève applique les méthodes précédentes pour résoudre les problèmes d’arêtiers, de noues et d’empannons. Il détermine les angles de coupe et les longueurs réelles des barres pour des toitures à pentes multiples adaptées au climat tropical.

Chapitre 3 : Typologie des Dessins Techniques

3.1. Le dessin d’ensemble et de sous-ensemble

Le dessin d’ensemble présente l’ouvrage complet en situation. L’élève apprend à composer ce plan, à gérer la mise en page, les coupes principales et la nomenclature, offrant une vision globale du projet (ex: une bibliothèque complète) aux différents intervenants.

3.2. Le dessin de fabrication et de détails

Pour l’atelier, le plan doit être explicite. Ce sous-chapitre focalise sur l’extraction des détails techniques à grande échelle (1:1 ou 1:2) : coupes sur les montants, profils des moulures, jeux d’assemblage et positions des quincailleries. C’est le guide d’exécution pour le menuisier à l’établi.

3.3. La perspective cavalière et isométrique

La représentation en volume aide à la compréhension immédiate. L’élève s’entraîne à tracer des perspectives cavalières (rapides, respectant les faces frontales) et isométriques (plus réalistes) pour visualiser les assemblages ou présenter un croquis commercial convaincant au client.

3.4. Normes de cotation et échelles en menuiserie

La cote est l’information la plus critique. L’élève révise les règles de cotation (lignes d’attache, lignes de cote, chiffres) et l’utilisation des échelles de réduction (1:10, 1:20) ou d’agrandissement. Il apprend à coter les entraxes, les dimensions hors-tout et les niveaux de référence (trait de niveau).

 

 

PARTIE 2 : REPRÉSENTATION DES OUVERTURES ET REVÊTEMENTS

Cette partie applique les compétences graphiques à deux domaines majeurs de la menuiserie du bâtiment : les fermetures (portes, fenêtres) et les habillages de surfaces (sols, murs). L’élève apprend à dessiner ces ouvrages en respectant les normes technologiques, les conventions de représentation architecturale et les styles en vigueur en RDC. L’accent est mis sur la précision des coupes verticales et horizontales qui définissent l’étanchéité et le fonctionnement des ouvrages.

Chapitre 4 : Les Ouvertures Extérieures

4.1. Portes d’entrées et ensembles composés

La porte d’entrée est la signature de la façade. L’élève dessine des portes simples et des portes avec imposte (vitrée ou pleine), en détaillant les sections des bâtis, les jets d’eau et les seuils. Il étudie la représentation des panneaux à table saillante et des moulures grand cadre.

4.2. Portes-fenêtres et châssis vitrés

La lumière et la ventilation sont essentielles. Ce sous-chapitre couvre le dessin des châssis vitrés (fixes, ouvrants) et des portes-fenêtres. L’élève représente les coupes sur les traverses basses (rejingot), les parcloses et les feuillures à verre, en tenant compte des dimensions normalisées des vitrages disponibles localement.

4.3. Volets et protections solaires

Pour le climat congolais, la protection solaire est vitale. L’élève apprend à dessiner les volets persiennes (à lames américaines ou françaises) et les volets panneautés pleins. Il détaille les systèmes de ferrage (gonds, pentures) et les jeux de fonctionnement nécessaires à la dilatation.

4.4. Portes cochères et de clôture

Les grandes ouvertures exigent une structure robuste. L’étude porte sur le dessin des portes cochères et portails de clôture, souvent à deux vantaux. L’élève représente les écharpes, les barres de contreventement et les systèmes de pivotement crapaudine adaptés aux ouvrages lourds.

Chapitre 5 : Les Ouvertures Intérieures

5.1. Portes de communication et de séparation

L’agencement intérieur divise l’espace. L’élève dessine les portes de chambre, de cuisine et de séparation (salon/salle à manger), en distinguant les modèles isoplanes (âme pleine ou alvéolaire) des modèles menuisés traditionnels.

5.2. Portes palières et techniques

La sécurité et l’acoustique priment pour la porte palière. L’élève représente les coupes de portes palières renforcées (âme pleine, blindage éventuel) et les joints isophoniques. Il aborde également les blocs-portes techniques pour gaines ou locaux de service.

5.3. Détails de construction des huisseries

La liaison avec le mur est critique. Ce point approfondit le dessin des bâtis dormants, des huisseries et des ébrasements. L’élève détaille les modes de fixation (pattes de scellement, vis) et les couvre-joints (chambranles) qui assurent la finition la liaison maçonnerie-bois.

5.4. Dimensions normalisées et jeux fonctionnels

Le dessin doit être aux normes. L’élève intègre les dimensions de passage standard (73, 83, 93 cm) et les hauteurs normalisées (204 cm). Il indique sur ses plans les jeux de fonctionnement (2-3 mm) et les réserves pour le revêtement de sol.

Chapitre 6 : Revêtements de Sols et Murs

6.1. Dessin des planchers et parquets simples

Le sol en bois apporte chaleur et élégance. L’élève apprend à calepiner (dessiner le plan de pose) des planchers à lames droites, en coupe perdue ou coupe de pierre. Il calcule les quantités et positionne les joints pour minimiser les chutes.

6.2. Parquets à motifs complexes

Les motifs d’art valorisent les essences locales. Ce sous-chapitre guide l’élève dans le tracé géométrique rigoureux des parquets à bâton rompu et en point de Hongrie. Il détermine les angles de coupe et les axes de symétrie de la pièce pour un rendu esthétique parfait.

6.3. Lambris, soubassements et plafonds

L’habillage vertical et horizontal structure le volume. L’élève dessine les élévations de murs habillés de lambris (hauteur, appui) et de soubassements moulurés. Il représente également les faux-plafonds en bois, intégrant les ossatures de suspension et les retombées de poutres.

6.4. Cloisons sèches et stands d’exposition

La modularité est une compétence moderne. L’élève conçoit et dessine des cloisons de distribution (ossature bois et panneaux) et des stands de vente ou d’exposition temporaires. Il détaille les assemblages démontables et la stabilité des structures autoportantes.

 

 

PARTIE 3 : MOBILIER ET ESCALIERS

La dernière partie aborde les ouvrages de l’aménagement intérieur mobile et fixe. Elle couvre la conception graphique du mobilier, de l’esquisse au plan de fabrication détaillé, ainsi que l’étude technique complexe des escaliers. L’élève synthétise ses connaissances en géométrie et en technologie pour produire des plans d’ouvrages fonctionnels, ergonomiques et esthétiques, prêts à être fabriqués dans les ateliers de menuiserie de Kisangani ou Bukavu.

Chapitre 7 : Dessin de Mobilier d’Agencement

7.1. Tables, bureaux et plans de travail

Le mobilier de travail doit être ergonomique. L’élève dessine des tables et bureaux en vue en plan, élévation et coupe. Il détaille les assemblages de piétement, les systèmes de coulisses de tiroirs et les passages de câbles, en respectant les hauteurs d’usage standard.

7.2. Meubles de rangement et armoires

Le rangement optimise l’espace. Ce sous-chapitre traite du dessin des armoires, commodes et bibliothèques. L’élève représente les caissons, les étagères réglables, les portes (battantes, coulissantes) et les fonds, en indiquant les quincailleries d’assemblage (tourillons, excentriques).

7.3. Meubles de cuisine et éléments spécifiques

La cuisine est un espace technique. L’élève réalise les plans d’implantation et de fabrication de meubles de cuisine (bas et hauts), intégrant les réservations pour l’électroménager (évier, four) et les contraintes de plomberie. Il dessine également les étagères et coffres spécifiques.

7.4. Sièges et mobilier de repos

Le siège est l’ouvrage le plus complexe en termes de contraintes. L’élève s’exerce au dessin de chaises et de lits, travaillant les profils galbés des dossiers et les inclinaisons d’assise pour le confort. Il utilise la géométrie descriptive pour les pieds arrière souvent déversés.

Chapitre 8 : Étude et Tracé des Escaliers

8.1. Terminologie et calculs de dimensionnement

L’escalier est une machine à monter. L’élève révise graphiquement la terminologie (giron, hauteur de marche, emmarchement) et applique la relation de Blondel pour dimensionner l’escalier sur le plan. Il vérifie l’échappée (hauteur libre) sur la coupe verticale.

8.2. Représentation de l’escalier droit

Modèle de base. L’élève dessine l’escalier droit en plan et en élévation, représentant les limons, les marches, les contremarches et la rampe. Il détaille les assemblages marches-limons (entailles) et les fixations au sol et au chevêtre.

8.3. Escaliers balancés et quartiers tournants

L’optimisation de l’espace requiert des tournants. Ce sous-chapitre aborde le dessin complexe des escaliers à quartiers tournants balancés. L’élève utilise les méthodes de herse pour tracer les marches rayonnantes sur l’épure, assurant une ligne de foulée régulière et sécurisée.

8.4. Détails d’assemblage et garde-corps

La sécurité est dans le détail. L’élève produit des dessins de détail pour les têtes de poteaux, les liaisons main courante-balustre et les ancrages de garde-corps. Il s’assure que les espacements des barreaux respectent les normes de sécurité pour prévenir les chutes.

Chapitre 9 : Projet de Synthèse et Documents de Fabrication

9.1. Analyse d’un cahier des charges client

Le dessin répond à une demande. L’élève apprend à analyser les besoins exprimés (fonction, style, dimensions) et les contraintes du lieu pour proposer une solution technique viable graphiquement.

9.2. Élaboration de l’Avant-Projet Sommaire (APS)

La créativité s’exprime dans l’esquisse. L’élève réalise des croquis cotés et des plans d’implantation rapides pour valider les grandes lignes du projet (dimensions générales, volumes) avant de passer au dessin technique rigoureux.

9.3. Réalisation du dossier d’exécution complet

C’est le livrable final. L’élève compile l’ensemble des plans nécessaires à la fabrication d’un ouvrage complet (ex: un aménagement de magasin) : plan d’ensemble, élévations, coupes et carnet de détails constructifs.

9.4. Nomenclature et fiche de débit

Le dessin sert à quantifier. À partir de ses plans, l’élève extrait la nomenclature complète des pièces (repères, quantités, dimensions finies) et établit la feuille de débit matière, lien direct entre le bureau d’études et l’atelier de débitage.

 

 

ANNEXES

A.1. Symboles et Conventions de Dessin (ISO)

Tableau récapitulatif des types de traits, hachures pour les coupes (bois de bout, bois de fil, panneaux), et symboles de quincaillerie (charnières, serrures) utilisés en dessin de menuiserie.

A.2. Abaques de Dimensionnement des Escaliers

Graphiques permettant de vérifier rapidement le confort d’un escalier selon la formule de Blondel et tables de hauteurs de marches standard.

A.3. Dimensions Normalisées du Mobilier

Fiches ergonomiques indiquant les hauteurs et profondeurs standard pour les tables, sièges, plans de travail de cuisine et étagères, indispensables pour la conception.

A.4. Gabarits de Tracé de Moulures

Planche de profils de moulures classiques (douciné, quart-de-rond, bec-de-corbin) à l’échelle 1:1 pour aider au dessin de détail.

A.5. Lexique de Géométrie Descriptive

Définitions illustrées des termes spécifiques : Rabattement, Vraie Grandeur, Trace d’un plan, Ligne de terre, Projections.