MANUELS SCOLAIRES

MANUEL DES ACTIVITÉS PSYCHOMOTRICES, 1ÈRE ANNÉE MATERNELLE

Edition 2025 / Enseignement primaire, secondaire et technique en RDC.

1. PRÉLIMINAIRES PÉDAGOGIQUES 🧠

1.1. Fondements du Programme National

L’enseignement psychomoteur en première année maternelle s’ancre dans la Compétence de Base 2 (CB2) du Programme National, visant à amener l’enfant à gérer son corps, son espace et son temps. Cette discipline transcende la simple éducation physique pour intégrer les fonctions mentales et motrices. Elle permet à l’enfant de trois ans de passer du « corps subi » au « corps vécu », favorisant l’émergence de la conscience de soi indispensable aux apprentissages ultérieurs, de la lecture à l’écriture.

1.2. Profil de l’Enfant de 3 ans et Méthodologie

L’enfant de cet âge vit son corps de manière globale et émotionnelle, sans dissociation précise des segments. La méthodologie recommandée privilégie le jeu, l’imitation et la verbalisation de l’action. L’éducateur structure les séances autour de rituels rassurants et utilise des consignes simples pour guider l’exploration motrice. L’approche est globale : l’enfant apprend en bougeant, en touchant et en expérimentant physiquement les concepts abstraits.

1.3. Environnement et Matériel Didactique

La réussite des activités exige un espace sécurisé et aménagé, qu’il s’agisse d’une salle de classe dégagée ou d’une cour de récréation ombragée, comme sous les manguiers du Kongo Central. Le matériel doit être varié et adapté : cerceaux, ballons, bancs, cartons, tissus et objets locaux (paniers, nattes). L’enseignant exploite les ressources de l’environnement immédiat pour créer des parcours moteurs stimulants et culturellement pertinents.

1.4. Organisation et Évaluation

La grille horaire officielle attribue un volume d’une heure hebdomadaire aux activités psychomotrices. L’évaluation est …

… continue et basée sur l’observation directe des comportements moteurs et affectifs de l’enfant. Elle mesure la progression dans l’aisance corporelle, l’orientation spatiale et la réponse aux consignes, sans rechercher la performance sportive mais l’adaptation motrice.

PREMIÈRE PARTIE : LE SCHÉMA CORPOREL ET LE CORPS VÉCU 🏃

Cette première partie focalise l’attention sur la découverte et l’appropriation du corps propre. L’enfant explore ses capacités motrices globales et identifie les segments corporels essentiels pour construire une image unifiée de lui-même.

2. Chapitre 1 : La Motricité Globale

Ce chapitre traite des grands mouvements qui engagent la totalité du corps, permettant à l’enfant d’éprouver le plaisir de l’action et de développer son tonus musculaire.

2.1. La marche et ses variantes

L’enfant expérimente différents types de déplacements : marche normale, marche rapide, marche sur la pointe des pieds ou marche lourde « comme un éléphant ». L’enseignant propose des parcours où l’élève doit contourner des obstacles, s’arrêter au signal ou changer de direction, favorisant l’équilibre dynamique et l’adaptation à l’environnement.

2.2. La course et l’arrêt contrôlé

Les activités de course visent à maîtriser l’accélération et surtout le freinage. Les élèves courent librement dans l’espace puis s’immobilisent en « statue » au signal sonore (tambourin ou sifflet). Cet exercice de contrôle inhibiteur est crucial pour la régulation tonique et l’attention.

2.3. Le saut et la réception

L’apprentissage du saut développe la puissance musculaire et la coordination. L’enfant s’exerce à sauter à pieds joints, à franchir de petits obstacles (bâtons, cordes au sol) ou à sauter depuis une petite hauteur (marche d’escalier, banc bas) en assurant une réception souple pour protéger ses articulations.

2.4. Le grimper et l’équilibre

L’élève explore la dimension verticale en grimpant sur des structures adaptées ou des obstacles naturels sécurisés. Il apprend à coordonner ses mains et ses pieds pour monter et descendre, testant ses limites et renforçant sa confiance en ses capacités motrices dans des situations de déséquilibre contrôlé.

3. Chapitre 2 : Connaissance et Localisation des Parties du Corps

Ce chapitre amène l’enfant à nommer, toucher et identifier les différentes parties de son corps pour affiner sa représentation mentale.

3.1. Identification de la tête et de ses organes

L’enfant apprend à localiser et nommer la tête, les yeux, le nez, la bouche et les oreilles. À travers des jeux de miroir ou des comptines, il prend conscience des fonctions sensorielles associées à chaque organe (voir, sentir, entendre), ancrant le vocabulaire anatomique de base.

3.2. Découverte du tronc et du dos

Les activités se concentrent sur la perception du buste, du ventre et du dos. L’enseignant utilise des jeux de massage par deux ou des déplacements au sol (reptation) pour faire sentir ces zones souvent méconnues par l’enfant de trois ans, favorisant l’intégration de l’axe corporel.

3.3. Les membres supérieurs et la préhension

L’élève explore les possibilités de ses bras et de ses mains : plier, tendre, tourner, saisir. Il identifie l’épaule, le coude et la main. Des exercices de manipulation d’objets (lancer, attraper, porter) permettent de distinguer le rôle moteur des membres supérieurs.

3.4. Les membres inférieurs et les appuis

L’attention se porte sur les jambes, les genoux et les pieds. L’enfant expérimente la flexion et l’extension des jambes, tape du pied pour sentir le sol ou marche sur différentes textures (sable, natte, herbe) pour stimuler la sensibilité plantaire et la conscience des appuis.

4. Chapitre 3 : Contrôle Postural et Imitation

Ce chapitre vise la maîtrise des positions statiques et la capacité à reproduire un modèle corporel, prérequis essentiel à l’apprentissage social et scolaire.

4.1. Les positions fondamentales

L’enfant s’exerce à adopter et maintenir des postures de base : debout, assis, accroupi, à genoux, couché. L’enseignant varie les consignes pour passer rapidement d’une position à l’autre, développant la souplesse et la réactivité posturale.

4.2. L’équilibre statique

Les exercices consistent à maintenir une posture stable malgré une difficulté : tenir sur un pied quelques secondes, rester immobile les yeux fermés ou marcher sur une ligne tracée au sol. Ces activités sollicitent le système vestibulaire et la concentration.

4.3. Jeux d’imitation de gestes

L’enseignant ou un élève propose un geste (lever les bras, toucher ses genoux) que le groupe doit reproduire en miroir. Cette activité travaille l’observation, l’analyse du mouvement d’autrui et sa transposition sur son propre corps, stimulant les neurones miroirs.

4.4. Relaxation et retour au calme

La séance se clôture par des exercices de détente. L’enfant apprend à relâcher ses muscles, à s’allonger calmement et à ralentir sa respiration. Cette prise de conscience de l’état de repos contraste avec l’activité intense et favorise la régulation émotionnelle.

DEUXIÈME PARTIE : LA STRUCTURATION SPATIALE 🧭

Cette partie traite de la relation entre le corps et l’environnement. L’enfant apprend à se situer, à s’orienter et à organiser ses déplacements dans l’espace immédiat, compétences indispensables pour la géométrie et l’organisation graphique future.

5. Chapitre 4 : Exploration de l’Espace Immédiat

Ce chapitre guide l’enfant dans la découverte et la maîtrise de son environnement proche, la classe et l’école.

5.1. Le déplacement sans obstacle

L’enfant apprend à se mouvoir dans la classe sans heurter les meubles ni ses camarades. Il adapte sa trajectoire pour éviter les collisions, développant la perception des limites corporelles et le respect de l’espace d’autrui.

5.2. L’occupation de l’espace disponible

Les activités visent à répartir les élèves dans tout l’espace de jeu, évitant les grappes. L’enseignant invite les enfants à « remplir la salle » ou à trouver un coin vide, favorisant une conscience extensive de l’environnement spatial.

5.3. Le repérage des lieux fixes

L’élève identifie et mémorise l’emplacement des zones clés : le coin regroupement, les toilettes, sa chaise, le bureau de l’enseignant. Des jeux de ralliement (« tous au coin poupée ! ») vérifient la connaissance topographique de la classe.

5.4. Les trajets et parcours simples

L’enfant suit un itinéraire balisé au sol (flèches, cordes) ou verbalisé (« va vers la porte puis reviens »). Il apprend à enchaîner des déplacements séquentiels, structurant sa mémoire spatiale et sa capacité de planification motrice.

6. Chapitre 5 : Notions Spatiales de Situation

Ce chapitre aborde les concepts topologiques fondamentaux qui permettent de décrire la position des objets et du corps.

6.1. Dedans et Dehors

L’enfant expérimente ces notions avec son corps (entrer dans un cerceau, sortir d’une maison en carton) et avec des objets (mettre la balle dans le panier). L’enseignant verbalise systématiquement l’action pour associer le mot au vécu corporel.

6.2. Sur et Sous

Les élèves se placent « sur » le banc ou se cachent « sous » la table. Ils manipulent des objets en les posant sur ou sous une chaise. Cette distinction verticale est essentielle pour l’orientation future sur la feuille de papier.

6.3. Devant et Derrière

L’apprentissage de cet axe sagittal se fait par des jeux de train ou de file indienne. L’enfant identifie qui est devant lui et qui est derrière. Il place des objets devant ou derrière son propre corps, intégrant ces notions relatives à son propre point de vue.

6.4. Près et Loin

L’enfant évalue les distances en se rapprochant ou en s’éloignant d’un point de repère (l’enseignant, un arbre). Des jeux de lancer (lancer loin, poser près) permettent d’ajuster la force musculaire à la perception visuelle de la distance.

7. Chapitre 6 : Formes, Grandeurs et Mouvements

Ce chapitre relie la psychomotricité aux pré-mathématiques en faisant vivre physiquement les formes géométriques et les dimensions.

7.1. Le corps et les formes géométriques

Les enfants marchent en suivant le tracé d’un rond ou d’un carré au sol. Ils forment une ronde (cercle) en se tenant la main. L’expérience kinesthésique de la forme précède et renforce sa reconnaissance visuelle.

7.2. Grand et Petit par le mouvement

L’élève exécute des gestes de grande amplitude (se grandir comme une girafe) ou de petite amplitude (se faire tout petit comme une souris). Il apprend à moduler son extension corporelle pour représenter des volumes différents.

7.3. Haut et Bas

L’enfant explore la dimension verticale en s’étirant vers le plafond ou en s’accroupissant vers le sol. Il place des objets en haut (sur l’étagère) ou en bas, associant la direction du regard et du geste à la terminologie spatiale.

7.4. Les lignes et les directions

Les élèves marchent sur des lignes droites, courbes ou brisées tracées au sol. Ils suivent des directions indiquées par l’enseignant, affinant leur précision motrice et leur compréhension des trajectoires linéaires.

TROISIÈME PARTIE : ORGANISATION TEMPORELLE ET PERCEPTIVO-MOTRICE ⏳

Cette dernière partie traite de la structuration du temps vécu à travers le rythme et la coordination, ainsi que de l’adaptation du geste aux perceptions sensorielles.

8. Chapitre 7 : Rythme et Vitesse

Ce chapitre permet à l’enfant d’ajuster son action motrice à une cadence temporelle, introduisant les premières notions de durée et de vitesse.

8.1. Lent et Rapide

L’enfant modifie sa vitesse de déplacement selon la consigne : marcher lentement comme une tortue ou courir vite comme une antilope. Il apprend à contrôler son énergie et à inhiber l’impulsion de précipitation.

8.2. L’arrêt et le départ au signal

Les jeux de « 1, 2, 3, Soleil » ou de réaction au signal sonore entraînent la réactivité. L’élève doit démarrer ou s’arrêter instantanément, synchronisant son action motrice avec un stimulus auditif externe.

8.3. La marche rythmée

Les enfants marchent en suivant la pulsation d’un instrument (tam-tam, tambourin) ou d’une chanson. Ils adaptent leurs pas à la régularité du rythme, vivant corporellement la notion de temps métrique.

8.4. La reproduction de structures rythmiques simples

L’élève reproduit avec son corps (frapper dans les mains, taper des pieds) une courte séquence rythmique proposée par l’enseignant. Cet exercice développe la mémoire auditive et la coordination temporelle.

9. Chapitre 8 : Coordination Oculo-Manuelle et Pédestre

Ce chapitre vise l’harmonisation entre la vision et le geste, compétence clé pour la manipulation d’objets et les futurs apprentissages graphiques.

9.1. Lancer et recevoir

L’enfant manipule des balles, des sacs de graines ou des ballons. Il s’exerce à lancer vers une cible ou un partenaire et à réceptionner un objet, ajustant sa trajectoire et l’ouverture de ses mains à la vitesse de l’objet.

9.2. Visser et dévisser

Bien que relevant de la motricité fine, cette activité sollicite la rotation du poignet et la coordination des deux mains. L’enfant utilise des gros boulons en plastique ou des bouteilles à bouchon, affinant sa dextérité digitale.

9.3. Enfiler et lacer

L’élève enfile de grosses perles sur un lacet rigide. Cette tâche exige une précision visuelle et une stabilité motrice, préparant les doigts à la tenue de l’outil scripteur.

9.4. Coordination œil-pied

L’enfant pousse un ballon avec le pied, marche sur des cibles au sol ou tape dans un objet. Cette coordination renforce l’équilibre et l’intégration du schéma corporel inférieur.

10. Chapitre 9 : Latéralité et Dominance

Ce chapitre, exploratoire à cet âge, consiste à observer et favoriser l’émergence de la préférence latérale sans la forcer.

10.1. Observation de la main dominante

L’enseignant propose des activités spontanées (prendre un objet, manger, dessiner) pour repérer la main préférentielle de l’enfant. Il veille à placer les objets au centre pour laisser le choix naturel s’opérer.

10.2. Renforcement du côté dominant

Une fois la préférence esquissée, l’enfant réalise des tâches unimanuelles (lancer, saisir) avec sa main dominante pour en améliorer l’habileté et la précision.

10.3. Utilisation de la main non dominante

L’élève utilise sa « deuxième main » comme main d’appui ou de soutien (tenir la feuille, tenir le pot). Il apprend la complémentarité des deux côtés du corps dans l’action.

10.4. Exploration de la latéralité du pied

À travers des jeux de cloche-pied ou de tir dans un ballon, l’enfant découvre quel pied il utilise spontanément pour l’action et quel pied lui sert d’appui, débutant ainsi la structuration de sa latéralité globale.

11. ANNEXES 📎

11.1. Répertoire de Jeux Traditionnels Congolais

Cette section compile des jeux moteurs issus des différentes provinces (comme le « Kange » adapté ou des rondes du Kasaï) qui sollicitent les compétences psychomotrices. Elle valorise le patrimoine ludique local comme support pédagogique pertinent.

11.2. Grille d’Observation Psychomotrice

Un outil standardisé pour l’enseignant permettant de noter les acquis de chaque élève (équilibre, coordination, schéma corporel). Elle aide à dépister précocement d’éventuels retards ou troubles moteurs nécessitant une attention particulière.

11.3. Fiches de Fabrication de Matériel Moteur

Des instructions illustrées pour créer du matériel psychomoteur à faible coût : échasses en boîtes de conserve, balles en chiffons, parcours avec vieux pneus, tunnels en cartons. Cela encourage l’autonomie et la créativité des écoles à ressources limitées.

11.4. Comptines à Gestes pour le Schéma Corporel

Une sélection de chansons en français et en langues nationales qui nomment les parties du corps et invitent au mouvement. Ces supports audio-oraux renforcent la mémorisation du vocabulaire corporel et la synchronisation geste-parole.