MANUELS SCOLAIRES

COURS DE DEVIS ET ESTIMATION (MÉTRÉ), 3ÈME ANNÉE, OPTION MAÇONNERIE

Edition 2025 / Enseignement primaire, secondaire et technique en RDC

PRELIMINAIRES

1. Note de présentation pédagogique

L’enseignement du métré en troisième année de maçonnerie vise à transformer l’apprenant en un gestionnaire technique capable de quantifier avec précision les ressources nécessaires à la réalisation d’un ouvrage de bâtiment. Ce cours fait la transition entre la maîtrise du geste technique à l’atelier et la rigueur administrative indispensable sur un chantier moderne en République Démocratique du Congo.

2. Objectifs généraux du cours

La formation permet à l’élève de lire et d’interpréter les plans architecturaux pour en extraire des mesures réelles, de maîtriser les unités de mesure conventionnelles utilisées dans le secteur du BTP et d’appliquer les formules géométriques complexes au calcul des surfaces et des volumes. L’objectif final est la rédaction autonome d’un avant-métré et d’un devis estimatif complet.

3. Compétences terminales attendues

À l’issue de cette année, le futur maçon doit être en mesure d’établir un relevé de dimensions sur site, de calculer les besoins en matériaux locaux comme la brique cuite à Bandundu ou la pierre de taille à Mbuji-Mayi, et de proposer une évaluation financière réaliste respectant les prix du marché national.

4. Méthodologie et approche par compétences

L’apprentissage repose sur des mises en situation concrètes où l’élève travaille sur des projets de construction réels, tels que des salles de classe ou des murets de clôture. Cette approche favorise l’autonomie et la précision, minimisant les erreurs de commande de matériaux qui grèvent souvent les budgets de construction.

PARTIE 1 : LES BASES FONDAMENTALES DU MÉTRÉ ET DE LA MENSURATION

Cette première partie établit le cadre normatif et théorique indispensable à tout métreur, en définissant les rôles respectifs du devis et de l’estimation dans le cycle de vie d’un projet de construction en RDC.

Chapitre 1 : Introduction générale au métré

L’étude commence par la compréhension des définitions de base et de l’importance capitale du métré dans la préparation, l’exécution et le règlement des travaux de maçonnerie.

1.1. Définitions et buts du métré

Le métré consiste à analyser les plans pour quantifier les travaux ; il sert de base à la commande de matériaux et à la rémunération de la main-d’œuvre. Sans un métré rigoureux, la gestion budgétaire d’un chantier à Kinshasa ou Lubumbashi devient impossible, entraînant des ruptures de stock ou des gaspillages.

1.2. Les différents types de devis

L’apprenant distingue le devis descriptif, qui détaille la qualité des matériaux et les modes opératoires, du devis quantitatif qui liste les volumes, et du devis estimatif qui traduit ces volumes en monnaie. Cette distinction permet de structurer les documents contractuels officiels entre l’artisan et le client.

1.3. Les unités de mesure conventionnelles en BTP

Le système métrique est la norme exclusive, impliquant l’usage du mètre linéaire pour les fouilles, du mètre carré pour les enduits et les coffrages, et du mètre cube pour les bétons et les terrassements. La précision au centimètre est requise pour éviter les écarts significatifs lors de l’achat de sacs de ciment.

1.4. Les documents de base du métreur

Le métreur s’appuie sur les plans de masse, les coupes transversales, les façades et les détails d’exécution fournis par l’architecte. La maîtrise de la lecture de ces documents est un préalable absolu avant tout calcul de quantité ou d’estimation financière.

Chapitre 2 : Mathématiques appliquées au métré de bâtiment

Ce chapitre réactive et adapte les connaissances géométriques pour résoudre les problèmes de calcul de surfaces et de volumes rencontrés spécifiquement sur les chantiers de construction.

2.1. Calcul des surfaces planes et irrégulières

Le calcul des aires concerne les murs, les dalles et les enduits, utilisant des formules pour rectangles, trapèzes et cercles. Pour les terrains irréguliers souvent rencontrés dans les lotissements de l’arrière-pays, les techniques de décomposition en figures simples sont enseignées pour garantir l’exactitude des résultats.

2.2. Calcul des volumes de terrassement et de gros œuvre

Le volume détermine la quantité de béton pour les fondations et le volume de terre à évacuer lors du creusage des fouilles. L’élève apprend à calculer les volumes prismatiques et cylindriques, en intégrant les coefficients de foisonnement des terres argileuses ou sablonneuses du bassin du Congo.

2.3. Utilisation des tables de conversion et de barèmes

Les barèmes permettent de convertir rapidement des volumes en poids ou en nombre d’unités, comme transformer un mètre cube de maçonnerie en nombre de briques de 15x20x40. Ces outils de référence accélèrent la production des feuilles de débit de matériaux.

2.4. Erreurs courantes et méthodes de vérification

La vérification systématique par des méthodes de recoupement empêche les erreurs de calcul coûteuses. L’élève apprend à identifier les incohérences entre les plans et les mesures relevées sur le terrain pour ajuster ses estimations avant la validation finale.

Chapitre 3 : L’avant-métré et les feuilles de calcul

Le chapitre se concentre sur l’organisation administrative des calculs à travers des documents standardisés qui garantissent la traçabilité des mesures.

3.1. Structure et organisation d’une feuille d’avant-métré

La feuille d’avant-métré est organisée en colonnes comprenant la désignation des travaux, le nombre d’unités, les dimensions (longueur, largeur, hauteur) et les résultats partiels. Cette structure logique permet à tout intervenant de comprendre l’origine des chiffres présentés.

3.2. Rédaction des articles de métré

Chaque article doit être décrit avec une clarté technique absolue pour éviter toute confusion lors de l’exécution. Par exemple, un article pour « maçonnerie de blocs creux » doit préciser le dosage du mortier de liaison et l’épaisseur du mur.

3.3. Techniques de relevé sur chantier

Le relevé consiste à mesurer un ouvrage existant à l’aide d’un double mètre ou d’un télémètre laser pour des travaux de rénovation ou d’extension. L’élève s’exerce à dessiner des croquis cotés précis qui serviront de base aux calculs ultérieurs.

3.4. Gestion des pourcentages de pertes et chutes

Le métré théorique doit être majoré d’un pourcentage pour compenser les casses de briques lors du transport ou les pertes de mortier au sol. Ces coefficients de sécurité varient selon la nature du matériau et les conditions de travail sur le site.

PARTIE 2 : ÉVALUATION DES QUANTITÉS ET DOSAGES DES MATÉRIAUX

La deuxième partie détaille les méthodes spécifiques pour quantifier les intrants nécessaires à chaque étape du gros œuvre, en mettant l’accent sur les dosages normalisés en RDC.

Chapitre 4 : Métré des terrassements et des fondations

Les travaux souterrains constituent la base de la stabilité de l’ouvrage et nécessitent une attention particulière lors de l’évaluation des volumes.

4.1. Calcul des déblais et remblais

L’évaluation porte sur le volume de terre extrait pour les fondations en rigoles ou en puits. Il faut également prévoir le volume de remblais nécessaire pour stabiliser le sol sous le dallage, en tenant compte du tassement après compactage.

4.2. Quantification des bétons de propreté et de fondation

Le béton de propreté est calculé en surface ou en faible volume pour isoler la structure du sol. Les semelles filantes ou isolées sont quantifiées en mètres cubes, en précisant le dosage standard de 250 kg de ciment par mètre cube.

4.3. Évaluation des matériaux pour la maçonnerie de fondation

Que l’on utilise des moellons, des briques pleines ou des blocs de ciment, le calcul détermine le nombre d’unités et le volume de mortier de pose. Cette étape est cruciale pour les chantiers situés dans des zones à sol instable comme dans certaines parties de Kananga.

4.4. Calcul des armatures pour le béton armé de base

Bien que relevant souvent du ferrailleur, le maçon doit savoir quantifier le poids d’acier nécessaire pour les chaînages bas et les semelles. L’utilisation de tableaux de poids au mètre linéaire pour chaque diamètre de fer facilite cette estimation.

Chapitre 5 : Métré de la maçonnerie en élévation et des baies

Ce chapitre traite de la partie visible de la structure, incluant les murs porteurs, les cloisons de séparation et les réservations pour les portes et fenêtres.

5.1. Calcul des surfaces de murs et déduction des vides

Le calcul se fait « vide pour plein » avec déduction des ouvertures supérieures à une certaine surface pour ne pas surestimer les matériaux. Cette convention permet une facturation juste tout en tenant compte de la complexité des coupes autour des baies.

5.2. Quantification des blocs et briques par type

Selon qu’on utilise des blocs de 10, 15 ou 20 cm, le nombre d’unités au mètre carré change radicalement. L’élève apprend à choisir le format adapté selon la fonction du mur (porteur ou simple cloison) et à commander les quantités exactes.

5.3. Calcul des linteaux et chaînages supérieurs

Ces éléments horizontaux en béton armé sont mesurés en mètres linéaires ou cubes. Leur quantification doit inclure le volume de béton, le poids de l’acier et la surface de coffrage nécessaire à leur réalisation.

5.4. Évaluation des échafaudages et moyens de mise en œuvre

Le métré doit aussi prévoir les équipements temporaires nécessaires pour travailler en hauteur. Bien que souvent inclus dans les frais généraux, leur quantification spécifique est nécessaire pour les grands bâtiments à plusieurs niveaux.

Chapitre 6 : Métré des enduits et des travaux de finition

Les finitions protègent la structure et assurent l’esthétique finale, représentant une part importante du budget en matériaux fins.

6.1. Calcul des surfaces d’enduits intérieurs et extérieurs

Les enduits sont calculés au mètre carré en distinguant les parois planes des plafonds et des jambages. Le dosage du mortier pour le crépissage (souvent 350 kg/m³) est la référence pour commander le ciment et le sable fin.

6.2. Quantification des chapes et revêtements de sol

La chape de lissage est évaluée en volume ou en surface selon son épaisseur moyenne. Pour les revêtements en carreaux, très prisés dans les centres urbains comme Kisangani, on calcule la surface nette augmentée d’un surplus pour les coupes et la casse.

6.3. Évaluation des besoins en liants et adjuvants

Ce point concerne le calcul précis des quantités de ciment, de chaux ou de colles spéciales. L’utilisation d’adjuvants pour l’étanchéité dans les zones humides nécessite une estimation rigoureuse par rapport au volume de mélange.

6.4. Métré des ouvrages divers et accessoires de maçonnerie

Il s’agit de quantifier les petits éléments tels que les appuis de fenêtres, les nez de marches d’escalier ou les joints de dilatation. Ces détails, bien que mineurs en volume, demandent une main-d’œuvre qualifiée et des matériaux spécifiques à ne pas oublier dans le devis.

PARTIE 3 : ÉTABLISSEMENT DU DEVIS ESTIMATIF ET GESTION FINANCIÈRE

La dernière partie enseigne la transformation des quantités physiques en valeurs monétaires pour aboutir à un prix de revient et à une offre commerciale compétitive.

Chapitre 7 : L’analyse des prix unitaires

L’analyse des prix est le processus de décomposition du coût de chaque unité d’ouvrage en ses composants élémentaires.

7.1. Calcul des déboursés secs (matériaux et transport)

Le déboursé sec comprend le prix d’achat des matériaux rendu sur chantier, incluant les frais de transport souvent élevés entre les ports et les sites de construction intérieurs. L’élève doit se renseigner sur les prix réels pratiqués chez les fournisseurs locaux.

7.2. Évaluation du coût de la main-d’œuvre

Le coût du travail est calculé en multipliant le temps d’exécution (en heures-ouvrier) par le taux horaire ou journalier en vigueur. L’apprenant apprend à estimer le rendement des équipes pour chaque type de tâche, de la fouille à l’enduit fin.

7.3. Intégration des frais de chantier et matériels

Ces frais incluent la location d’une bétonnière, l’achat de petits outillages (pelles, truelles, niveaux) et les installations provisoires comme les abris pour le ciment. Ils sont répartis sur l’ensemble des postes pour refléter le coût réel de l’activité.

7.4. Détermination du prix de vente unitaire

En ajoutant les frais généraux de l’entreprise et la marge bénéficiaire aux déboursés secs, on obtient le prix de vente HT. Cette rigueur évite au maçon entrepreneur de travailler à perte par simple ignorance de ses coûts de structure.

Chapitre 8 : Rédaction du devis estimatif complet

Le devis estimatif est le document final présenté au client ; sa présentation doit être professionnelle pour inspirer confiance.

8.1. Structure du bordereau des prix unitaires

Ce document liste chaque nature d’ouvrage avec son prix unitaire. Il sert de référence pour les paiements partiels (décomptes) au fur et à mesure de l’avancement des travaux sur le chantier.

8.2. Rédaction des clauses techniques et administratives

Le devis doit être accompagné de précisions sur les délais d’exécution, les modalités de paiement et les responsabilités en cas d’imprévus géologiques. Ces clauses protègent le maçon contre les litiges fréquents dans le secteur privé.

8.3. Présentation formelle et mise en page du devis

Un devis bien structuré comporte un en-tête clair, une numérotation des articles, des totaux par chapitre et un montant global arrêté en chiffres et en lettres. L’usage de l’outil informatique est encouragé pour garantir la propreté du document.

8.4. Adaptation du devis au budget du client

L’élève apprend à proposer des variantes techniques pour réduire les coûts sans compromettre la sécurité, par exemple en suggérant des matériaux locaux moins onéreux que les produits importés.

Chapitre 9 : Suivi et contrôle budgétaire du chantier

Le rôle du métreur se poursuit pendant l’exécution pour vérifier que les dépenses réelles correspondent aux prévisions.

9.1. Établissement des attachements de travaux

Les attachements sont des relevés contradictoires signés par le client et l’entrepreneur pour valider les quantités réellement exécutées, notamment pour les travaux qui deviennent invisibles comme les fondations.

9.2. Gestion des travaux supplémentaires et imprévus

Sur tout chantier, des modifications peuvent intervenir. L’apprenant apprend à rédiger des avenants au devis initial pour formaliser les changements demandés par le client et leur impact sur le prix final.

9.3. Comparaison entre prévu et réalisé

Cette analyse post-chantier permet de comprendre les écarts de consommation de matériaux ou de temps de travail. C’est l’expérience acquise ici qui permet d’affiner les estimations pour les futurs projets de construction.

9.4. Clôture financière et facture finale

La facture finale récapitule l’ensemble des travaux validés par les attachements, déduction faite des acomptes déjà perçus. Elle marque la fin de la mission de métré et le passage à la réception des ouvrages.

ANNEXES

1. Lexique technique du métré

Recueil des termes spécifiques utilisés dans les devis en RDC (ex: foisonnement, déboursé sec, emprise, emmarchement).

2. Tableaux des poids et dosages usuels

Récapitulatif des dosages de ciment par type d’ouvrage et des densités des matériaux locaux pour faciliter les calculs rapides.

3. Modèles de documents types

Exemples de feuilles d’avant-métré, de bons de commande et de devis estimatifs prêts à l’emploi pour les futurs professionnels.

4. Bibliographie et ressources complémentaires

Liste des guides techniques et des réglementations nationales sur les prix du bâtiment consultables pour approfondir ses connaissances.