MANUELS SCOLAIRES

COURS DE PHILOSOPHIE, 2ÈME ANNÉE, OPTION LATIN-PHILOSOPHIE

Édition 2025 / Enseignement primaire, secondaire et technique en RDC

🏛️ PRÉLIMINAIRES ET CADRE PÉDAGOGIQUE

0.1. Note Directrice aux Enseignants

Ce manuel constitue le socle didactique pour l’enseignement de la philosophie en deuxième année des Humanités, option Latin-Philosophie. Il assure la progression intellectuelle de l’élève en passant de la logique formelle (acquise en première année) à l’analyse substantielle de l’homme et de la connaissance. L’enseignant utilisera ce support pour structurer une réflexion critique sur la condition humaine et les fondements de la vérité scientifique. La démarche pédagogique exige une rigueur conceptuelle absolue, préparant l’élève à l’exercice de la dissertation philosophique et au commentaire de texte.

0.2. Compétences Terminales et Profil de Sortie

Au terme de cette année de formation, l’élève maîtrise les concepts fondamentaux de l’anthropologie philosophique et de l’épistémologie. Il définit la nature humaine dans ses dimensions biologique, psychique et sociale. Il distingue les différents degrés de la connaissance et identifie les critères de la vérité, de l’évidence et de la certitude. L’apprenant situe chronologiquement et doctrinalement les grands courants de la pensée médiévale et moderne, de Saint Augustin à Emmanuel Kant. Il démontre une aptitude à appliquer ces grilles d’analyse aux réalités culturelles et politiques de la République Démocratique du Congo.

0.3. Méthodologie et Stratégies Didactiques

L’enseignement privilégie la méthode active et l’analyse textuelle. Le cours articule l’exposé magistral des doctrines avec des travaux dirigés focalisés sur la lecture d’œuvres intégrales ou d’extraits significatifs. L’enseignant encourage la problématisation constante des évidences du sens commun. La contextualisation s’opère par la confrontation des théories occidentales avec la vision du monde bantoue, notamment sur les questions de la personne (Muntu) et de la causalité. Les débats organisés en classe simulent des joutes oratoires pour développer l’argumentation dialectique.

0.4. Dispositif d’Évaluation

Le système d’évaluation mesure la précision terminologique, la cohérence du raisonnement et la culture historique. Les évaluations formatives incluent des interrogations sur les définitions, des analyses de paragraphes philosophiques et des plans détaillés de dissertation. L’évaluation sommative semestrielle exige la rédaction d’une dissertation complète sur une problématique anthropologique ou épistémologique. La grille de correction sanctionne la clarté de l’expression, la pertinence des références philosophiques et l’originalité de la synthèse personnelle.

🧠 PARTIE I : ANTHROPOLOGIE PHILOSOPHIQUE (PSYCHOLOGIE RATIONNELLE)

Cette première partie explore la question centrale « Qu’est-ce que l’homme ? ». Elle dépasse la simple description biologique pour interroger l’essence de la vie, la structure de la conscience et les fondements de la personnalité. L’analyse vise à définir la spécificité humaine face au règne animal et à la machine.

Chapitre 1 : La Vie et le Psychisme

1.1. Définition et Spécificité du Vivant

L’élève analyse le phénomène vital comme une force d’auto-organisation et d’autonomie. Il distingue la matière inerte de la matière vivante par les fonctions de nutrition, de reproduction et d’autorégulation. La discussion intègre les conceptions vitalistes (Bergson) et mécanistes, tout en faisant écho à la conception de la « Force Vitale » présente dans les traditions du Kasaï et du Katanga.

1.2. La Vie Psychique et ses Degrés

Ce module établit la hiérarchie des êtres vivants. L’élève différencie la vie végétative (plantes), la vie sensitive (animaux) et la vie intellectuelle (homme). Il définit le psychisme comme l’ensemble des phénomènes conscients et inconscients régissant le comportement. L’étude comparative met en évidence le saut qualitatif que représente la pensée conceptuelle humaine par rapport à l’instinct animal.

1.3. Les Tendances et l’Affectivité

L’enseignement explore les moteurs de l’action humaine. L’élève classifie les tendances en besoins innés (instincts de conservation, sexuel, grégaire) et en désirs acquis. Il analyse la vie affective : émotions, sentiments et passions. La maîtrise des passions est présentée comme un enjeu éthique majeur, illustré par des figures de sagesse traditionnelle dans la province du Kwilu.

1.4. Le Problème de l’Âme et du Corps

L’élève aborde la relation psychophysique. Il examine les thèses du dualisme (Platon, Descartes), du monisme matérialiste et de l’hylémorphisme aristotélicien (l’âme comme forme du corps). Cette réflexion permet d’interroger les conceptions congolaises de la mort et de l’esprit, confrontant la philosophie occidentale à l’anthropologie culturelle locale.

Chapitre 2 : Conscience, Inconscient et Langage

2.1. La Conscience : Nature et Formes

L’élève définit la conscience comme la faculté de se connaître soi-même et de connaître le monde. Il distingue la conscience psychologique (immédiate et réfléchie) de la conscience morale (juge intérieur). L’analyse de l’intentionnalité (Husserl) permet de comprendre que « toute conscience est conscience de quelque chose ».

2.2. L’Inconscient et la Psychanalyse

Ce module introduit la révolution freudienne. L’élève étudie la structure de l’appareil psychique (Ça, Moi, Surmoi) et les mécanismes de refoulement et de sublimation. Il évalue la portée philosophique de l’hypothèse de l’inconscient qui remet en cause la maîtrise totale du sujet sur lui-même, tout en discutant la critique de Sartre sur la « mauvaise foi ».

2.3. Le Langage et la Communication

L’analyse porte sur le langage comme propre de l’homme. L’élève distingue le langage humain (conventionnel, articulé, créatif) de la communication animale (signaux naturels). Il examine les rapports entre pensée et langage (« ineffable » vs « tout ce qui se conçoit bien s’énonce clairement »). La diversité linguistique de la RDC est valorisée comme richesse conceptuelle.

2.4. Imagination et Mémoire

L’élève étudie les facultés de représentation. Il définit la mémoire comme conservation et reconnaissance du passé, essentielle à l’identité personnelle. Il analyse l’imagination reproductrice et créatrice. Le rôle de la mémoire collective dans la transmission de l’histoire nationale et des traditions orales (griotisme) est souligné.

Chapitre 3 : Personnalité, Liberté et Culture

3.1. La Personne et la Personnalité

L’élève distingue l’individu (entité biologique distincte) de la personne (sujet moral et juridique conscient et libre). Il analyse les composantes de la personnalité : tempérament (inné), caractère (acquis) et moi profond. La conception du Muntu comme force et relation est approfondie pour enrichir la définition classique de Boèce.

3.2. La Liberté et le Déterminisme

Ce point nodal de l’anthropologie confronte la liberté humaine aux contraintes. L’élève examine les arguments du déterminisme (biologique, sociologique, psychologique) et les preuves de la liberté (expérience vécue, responsabilité morale). Il étudie la liberté comme libération progressive et conquête de l’autonomie.

3.3. Nature et Culture

L’enseignement définit la culture comme l’ensemble des transformations opérées par l’homme sur la nature et sur lui-même. L’élève comprend que « l’homme est un animal culturel ». Il analyse la diversité des cultures et critique l’ethnocentrisme, prônant un dialogue interculturel respectueux, nécessaire à la cohésion nationale en RDC.

3.4. Travail, Technique et Société

L’élève analyse le travail comme activité spécifiquement humaine de transformation du monde. Il étudie la technique comme prolongement du corps et maîtrise de la nature. La dimension sociale de l’homme (Zoon politikon) est réaffirmée : l’homme ne s’humanise qu’au contact de ses semblables, au sein de structures comme la famille et l’État.

🔍 PARTIE II : ÉPISTÉMOLOGIE (CRITIQUE DE LA CONNAISSANCE)

Cette deuxième partie traite du problème de la vérité. Elle interroge la valeur, les limites et les méthodes de la connaissance humaine. L’objectif est de doter l’élève d’outils critiques pour distinguer le savoir scientifique de l’opinion, de la croyance et de l’erreur.

Chapitre 4 : La Possibilité de la Connaissance

4.1. Le Problème de la Connaissance

L’élève pose la question fondamentale : l’esprit humain est-il capable d’atteindre la vérité ? Il analyse la relation entre le sujet connaissant et l’objet connu. La distinction entre le réel en soi (noumène) et le réel pour nous (phénomène) est introduite pour cadrer le débat sur la portée du savoir.

4.2. Le Dogmatisme et le Scepticisme

L’enseignement confronte deux attitudes radicales. L’élève étudie le dogmatisme (confiance absolue en la raison) et le scepticisme (doute radical sur la possibilité de connaître). Il examine les arguments des sceptiques anciens (Pyrrhon) et leur réfutation par la pratique même de la vie et de l’affirmation.

4.3. Le Relativisme et le Subjectivisme

L’élève analyse les doctrines qui nient l’universalité de la vérité. Il étudie le relativisme (la vérité dépend de l’époque, du lieu, de la culture) et le subjectivisme (la vérité dépend de l’individu). La critique de ces positions est menée pour fonder la possibilité d’une science objective et universelle.

4.4. Le Réalisme et l’Idéalisme

Ce module explore la nature de l’objet connu. L’élève distingue le réalisme (le monde existe indépendamment de l’esprit) de l’idéalisme (le monde est une construction de l’esprit). Il confronte le réalisme naïf au réalisme critique et à l’idéalisme transcendantal, illustrant ces concepts par des exemples de perception visuelle.

Chapitre 5 : La Vérité et ses Critères

5.1. Définition de la Vérité

L’élève s’approprie la définition classique de la vérité comme adéquation de l’intellect à la chose (Adaequatio rei et intellectus). Il distingue la vérité logique (jugement) de la vérité ontologique (être). La différence entre vérité, réalité et sincérité est rigoureusement établie.

5.2. Les États de l’Esprit face à la Vérité

L’enseignement classifie les degrés d’adhésion. L’élève définit l’ignorance (absence de savoir), le doute (suspension du jugement), l’opinion (adhésion probable mais fragile) et la certitude (adhésion ferme fondée sur l’évidence). L’importance de dépasser l’opinion pour atteindre la science est soulignée.

5.3. Le Critère de la Vérité : L’Évidence

L’élève identifie l’évidence comme le critère ultime de la vérité. Il distingue l’évidence intrinsèque (la chose se manifeste elle-même) de l’évidence extrinsèque (témoignage, autorité). Le rôle de l’autorité scientifique et la critique des « fake news » dans l’espace médiatique congolais sont abordés.

5.4. L’Erreur : Nature et Causes

Ce point analyse la pathologie du jugement. L’élève définit l’erreur comme une affirmation fausse tenue pour vraie. Il identifie les causes logiques (mauvais raisonnement), psychologiques (précipitation, passions, préjugés) et morales (mauvaise foi) de l’erreur. L’éthique de la connaissance impose une vigilance constante.

Chapitre 6 : Logique de la Science et Méthodologie

6.1. La Science : Définition et Classification

L’élève définit la science comme une connaissance objective, méthodique et vérifiable par les causes. Il classifie les sciences selon leur objet et leur méthode : sciences formelles (mathématiques, logique), sciences de la nature (physique, biologie) et sciences humaines (sociologie, histoire, psychologie).

6.2. La Méthode des Sciences de la Nature

L’enseignement détaille la démarche expérimentale. L’élève mémorise les étapes de la méthode de Claude Bernard : observation, hypothèse, expérimentation, loi. Il comprend le rôle de l’induction et de la déduction dans la construction des théories physiques. L’exemple de la recherche médicale à l’INRB (Institut National de Recherche Biomédicale) illustre cette méthode.

6.3. La Méthode des Sciences Humaines

L’élève examine la spécificité des sciences qui étudient l’homme. Il analyse la distinction entre « expliquer » (causes) et « comprendre » (sens/intentions). Les difficultés liées à la subjectivité de l’observateur et à la complexité des faits sociaux sont discutées, notamment dans l’étude de l’histoire de la RDC.

6.4. La Méthode Mathématique

L’analyse porte sur la méthode axiomatique et déductive. L’élève comprend la nature des objets mathématiques (entités abstraites) et le critère de vérité mathématique (cohérence interne, démonstration). La rigueur mathématique est présentée comme modèle de clarté pour la pensée philosophique.

📜 PARTIE III : HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE (MÉDIÉVALE ET MODERNE)

La troisième partie retrace l’évolution de la pensée occidentale du Moyen Âge à la fin du XVIIIe siècle. Elle analyse comment la raison a dialogué avec la foi avant de s’émanciper pour fonder la science moderne et l’autonomie du sujet. Cette perspective historique est indispensable à la culture générale de l’option Latin-Philosophie.

Chapitre 7 : La Philosophie Médiévale : Foi et Raison

7.1. La Patristique et Saint Augustin

L’élève étudie la rencontre entre le christianisme et la philosophie grecque. Il analyse la pensée de Saint Augustin : l’intériorité (« La vérité habite l’homme intérieur »), le temps et l’illumination divine. La formule « Croire pour comprendre et comprendre pour croire » résume cette période.

7.2. La Scolastique et le Problème des Universaux

Le cours aborde l’âge d’or de la philosophie médiévale dans les universités. L’élève examine la querelle des universaux : les concepts généraux ont-ils une réalité (réalisme) ou sont-ils de simples mots (nominalisme) ? Cette question logique a des implications théologiques et métaphysiques majeures.

7.3. Saint Thomas d’Aquin et l’Aristotélisme Chrétien

L’élève analyse la synthèse thomiste qui réconcilie Aristote et la Bible. Il étudie la distinction et la complémentarité entre raison et foi, ainsi que les cinq voies de la preuve de l’existence de Dieu. La structure rigoureuse de la « Somme Théologique » est présentée comme un modèle d’argumentation dialectique.

7.4. Le Déclin de la Scolastique et Guillaume d’Ockham

Ce module présente la rupture nominaliste. L’élève étudie le « Rasoir d’Ockham » (principe d’économie) qui sépare radicalement la foi de la science, préparant ainsi la voie à la recherche empirique moderne et à la laïcisation de la pensée politique.

Chapitre 8 : La Renaissance et l’Avènement de la Science Moderne

8.1. L’Humanisme et la Réforme

L’élève situe le mouvement de retour aux sources antiques et la valorisation de l’homme (anthropocentrisme). Il analyse l’impact de la Réforme protestante sur la liberté de conscience. La figure d’Érasme et celle de Montaigne (scepticisme, « Que sais-je ? ») sont étudiées.

8.2. Nicolas Machiavel et la Pensée Politique

Le cours examine la rupture opérée par Machiavel dans « Le Prince ». L’élève analyse l’autonomie du politique par rapport à la morale religieuse, le réalisme politique et la notion de raison d’État. Ces concepts sont appliqués avec discernement à l’analyse des relations internationales contemporaines.

8.3. Francis Bacon et la Méthode Inductive

L’élève étudie la critique de la logique aristotélicienne par Bacon. Il analyse la théorie des idoles (préjugés qui obscurcissent l’esprit) et la promotion de l’induction expérimentale pour maîtriser la nature (« Savoir, c’est pouvoir »).

8.4. La Révolution Copernicienne et Galilée

Ce point traite du changement de paradigme cosmologique. L’élève comprend le passage du géocentrisme à l’héliocentrisme et ses conséquences philosophiques : l’homme n’est plus le centre physique de l’univers. La mathématisation de la nature par Galilée (« Le livre de la nature est écrit en langage mathématique ») fonde la physique moderne.

Chapitre 9 : La Philosophie Moderne : Rationalisme et Empirisme

9.1. René Descartes et le Rationalisme

L’élève pénètre au cœur du cartésianisme. Il analyse le doute méthodique, le Cogito ergo sum comme première vérité indubitable, et le dualisme âme/corps. La méthode cartésienne (évidence, analyse, synthèse, dénombrement) est étudiée comme fondement de la rigueur intellectuelle française.

9.2. Les Successeurs : Spinoza et Leibniz

Le cours survole les grands systèmes rationalistes. L’élève découvre le panthéisme de Spinoza (« Deus sive Natura ») et l’éthique de la joie. Il aborde la monadologie de Leibniz et l’optimisme philosophique, contrastant avec le pessimisme ou le fatalisme.

9.3. L’Empirisme Anglais : Locke et Hume

En opposition au rationalisme continental, l’élève étudie l’empirisme insulaire. Il analyse la thèse de la « Tabula rasa » de John Locke (toute connaissance vient de l’expérience) et la critique de la causalité et de la substance par David Hume, qui ébranle les certitudes métaphysiques.

9.4. Emmanuel Kant et le Criticisme

Le manuel se clôt sur la synthèse kantienne. L’élève étudie la « Révolution copernicienne » en philosophie : ce n’est pas la connaissance qui se règle sur l’objet, mais l’objet qui se règle sur les structures de notre esprit (espace, temps, catégories). Les limites de la raison pure et l’ouverture à la morale (impératif catégorique) sont exposées.

📎 ANNEXES ET BOÎTE À OUTILS

A.1. Glossaire des Termes Anthropologiques et Épistémologiques

Un lexique rigoureux définissant les concepts clés (Agnosticisme, Conscience, Déterminisme, Empirisme, Hylémorphisme, Inconscient, Métaphysique, Rationalisme, Transcendantal, etc.). Il sert de référence pour la précision du vocabulaire dans les dissertations.

A.2. Méthodologie de la Dissertation Philosophique

Un guide pratique étape par étape : analyse du sujet, problématisation, élaboration du plan, rédaction de l’introduction et de la conclusion. Des exemples de sujets traités (ex: « La conscience est-elle une source d’illusions ? ») illustrent la démarche.

A.3. Chronologie de la Philosophie (Moyen Âge – Lumières)

Une frise chronologique situant les auteurs majeurs, leurs œuvres principales et les événements historiques contextuels. Elle permet à l’élève de visualiser la succession des idées et les ruptures épistémologiques.

A.4. Textes d’Appui (Anthologie)

Une sélection d’extraits majeurs : « Le Roseau pensant » de Pascal, le « Cogito » de Descartes, l’allégorie de la « Tabula rasa » de Locke, et des textes de philosophes africains contemporains (Kä Mana, Elungu) sur la question de l’homme africain.

A.5. Tableau Comparatif : Pensée Occidentale vs Pensée Bantoue

Un outil de synthèse mettant en parallèle les conceptions de la personne (Individu vs Muntu), du temps (Linéaire vs Cyclique/Événementiel) et de la connaissance (Discursive vs Intuitive/Participative), favorisant une approche interculturelle critique.