MANUELS SCOLAIRES

COURS DE DESSIN TECHNIQUE, 2ÈME ANNÉE, OPTION MENUISERIE

Edition 2025 / Enseignement primaire, secondaire et technique en RDC

PRÉLIMINAIRES

0.1. Objectifs généraux du cours

Ce programme de dessin technique vise à doter l’élève de deuxième année des compétences graphiques indispensables à la conception et à la fabrication d’ouvrages de menuiserie. L’enseignement focalise sur la maîtrise des conventions normalisées, le développement de la vision spatiale et la capacité à traduire une idée conceptuelle en un plan d’exécution précis. La finalité est de rendre l’apprenant apte à produire et à interpréter des documents techniques exploitables dans n’importe quel atelier de la République Démocratique du Congo, de Boma à Kalemie. 🇨🇩

0.2. Matériel et équipement de l’élève

La qualité du tracé dépend intrinsèquement de la qualité et de l’entretien du matériel. L’équipement requis comprend la planche à dessin format A3, le té, les équerres à 45° et 60°, le compas de précision, ainsi que les crayons de différentes duretés (2H pour les traits de construction, HB pour la finition). L’usage correct de ces instruments garantit la netteté et la précision millimétrique exigées par les normes industrielles. 📐

0.3. Importance du dessin dans le métier

Le dessin technique constitue le langage universel de l’industrie du bois, assurant la communication sans ambiguïté entre le bureau d’études et l’atelier de fabrication. La capacité à visualiser les assemblages complexes et les coupes permet d’anticiper les difficultés d’usinage et d’optimiser le débitage des essences précieuses comme le Wenge ou le Limba. 🪵

0.4. Méthodologie et évaluation

L’approche pédagogique alterne entre l’explication théorique des normes et l’application pratique par le tracé de planches progressives. L’évaluation sanctionne la rigueur du trait, l’exactitude des projections orthogonales, la pertinence de la cotation et le respect des temps d’exécution. La propreté du document final reflète le soin que le futur artisan apportera à ses ouvrages en bois. 📝

PARTIE 1 : NORMALISATION ET GÉOMÉTRIE DESCRIPTIVE APPLIQUÉE

Cette première partie consolide les acquis de la première année et approfondit les règles de représentation graphique spécifiques au génie du bois. Elle établit le socle normatif nécessaire pour que les plans produits soient compréhensibles par tous les techniciens, respectant les conventions internationales adaptées au contexte congolais. 📏

Chapitre 1 : Conventions graphiques et mise en page

Ce chapitre traite de l’organisation de l’espace de dessin et de la codification des traits, éléments fondamentaux pour la lisibilité des plans d’atelier.

1.1. Formats normalisés et pliage des plans

L’étude des formats de la série A (A4 à A0) permet à l’élève de choisir le support adapté à l’échelle de l’ouvrage. La maîtrise des techniques de pliage standard est indispensable pour l’archivage des dossiers techniques dans les entreprises de construction à Kinshasa ou Lubumbashi, garantissant que le cartouche reste toujours visible.

1.2. Le cartouche d’inscription et la nomenclature

Le cartouche constitue la carte d’identité du dessin, regroupant le titre de l’ouvrage, l’échelle, la date et le nom du dessinateur. L’élaboration d’une nomenclature précise, liée au dessin d’ensemble, permet de lister chaque pièce de bois, son essence (ex: Iroko, Sapelli), ses dimensions brutes et finies, facilitant ainsi l’établissement des devis.

1.3. L’écriture normalisée et la lisibilité

L’application rigoureuse de l’écriture bâton (norme ISO) assure que les annotations et les cotes soient lisibles sans erreur d’interprétation. L’élève s’exerce à calibrer la hauteur et l’espacement des lettres pour maintenir une uniformité visuelle, essentielle sur les chantiers où les conditions de lecture peuvent être difficiles.

1.4. Alphabet des traits et leurs applications

La différenciation des traits (continus forts, continus fins, interrompus, mixtes) permet de distinguer les arêtes visibles, les contours cachés et les axes de symétrie. L’élève apprend à moduler l’épaisseur du trait pour donner du relief au dessin et hiérarchiser l’information visuelle.

Chapitre 2 : Échelles et cotation dimensionnelle

Ce chapitre aborde la réduction ou l’agrandissement des objets pour leur représentation sur papier, ainsi que l’inscription des dimensions nécessaires à la fabrication.

2.1. Calcul et choix des échelles

La maîtrise des échelles de réduction (1:10, 1:20 pour les plans d’ensemble) et d’agrandissement (2:1, 5:1 pour les détails d’assemblage) est cruciale. L’élève apprend à effectuer les conversions mathématiques pour passer des dimensions réelles de l’ouvrage aux dimensions graphiques sans erreur.

2.2. Principes fondamentaux de la cotation

La cotation définit la géométrie finale de la pièce et doit être complète sans être surabondante. L’élève étudie le positionnement des lignes de cote, des lignes d’attache et des valeurs nominales pour ne pas encombrer le dessin tout en fournissant toutes les informations nécessaires au débit et à l’usinage.

2.3. Cotation des formes géométriques simples

L’application des règles de cotation aux cercles (diamètres, rayons), aux angles (degrés) et aux entraxes de perçage est développée. Cette compétence est particulièrement utile pour le dessin de pièces tournées ou de motifs décoratifs cintrés fréquents dans le mobilier artisanal de Goma.

2.4. Tolérances et ajustements en menuiserie

L’introduction aux notions de jeu fonctionnel et de serrage prépare l’élève à coter les assemblages. Comprendre qu’un tenon doit être légèrement plus épais ou ajusté à la mortaise selon la nature du bois et de la colle utilisée influence la manière de coter les détails d’exécution.

Chapitre 3 : Projections orthogonales et vues

La géométrie descriptive permet de représenter un objet tridimensionnel sur une surface plane en utilisant plusieurs points de vue concordants.

3.1. Principe de la projection orthogonale (Méthode européenne)

L’élève assimile le système de projection du premier dièdre, standard en RDC, où l’objet est situé entre l’observateur et le plan de projection. La disposition des vues (vue de face, de dessus, de gauche) doit respecter une correspondance rigoureuse par des lignes de rappel.

3.2. Choix de la vue de face et mise en page

La sélection de la vue de face, celle qui offre le maximum d’informations sur l’ouvrage, détermine la position des autres vues. L’élève apprend à centrer ses tracés sur la feuille pour équilibrer les blancs et laisser l’espace nécessaire à la cotation externe.

3.3. Correspondance des vues et lignes de rappel

La construction des vues adjacentes s’effectue par transfert de cotes via la ligne de charnière à 45°. Cette technique garantit la cohérence dimensionnelle entre la hauteur, la largeur et la profondeur de l’ouvrage représenté, qu’il s’agisse d’un simple tabouret ou d’une armoire complexe.

3.4. Vues partielles et vues interrompues

Pour les pièces longues comme les montants de porte ou les mains courantes, la représentation complète est inutile et encombrante. L’usage des traits de rupture permet de dessiner uniquement les extrémités et les zones façonnées, optimisant l’espace papier tout en conservant les informations techniques pertinentes.

PARTIE 2 : TECHNIQUES DE COUPES ET REPRÉSENTATIONS COMPLEXES

Cette partie traite des méthodes graphiques permettant de révéler l’intérieur des pièces et la structure interne des assemblages. Elle est essentielle en menuiserie pour détailler les profils, les embrèvements et les liaisons invisibles de l’extérieur. 🔪🪵

Chapitre 4 : Les coupes et sections usuelles

Les coupes permettent de visualiser les épaisseurs de matière et les profils cachés, indispensables pour la compréhension des assemblages de menuiserie.

4.1. Distinction entre coupe et section

L’élève apprend à différencier la coupe (qui représente la partie sectionnée et ce qui est en arrière-plan) de la section (qui ne représente que la surface tranchée). Cette nuance est vitale pour dessiner correctement les profils de moulures ou les sections de traverses sans alourdir le dessin.

4.2. Coupes simples et plan de coupe

L’exécution d’une coupe par un plan sécant unique, vertical ou horizontal, est la méthode de base pour montrer l’intérieur d’un meuble ou d’une huisserie. L’indication du plan de coupe par un trait mixte fort renforcé aux extrémités et le sens d’observation par des flèches sont normalisés.

4.3. Les hachures conventionnelles du bois

La représentation graphique de la matière coupée utilise des hachures spécifiques. L’élève s’exerce à tracer des hachures fines et espacées pour le bois de fil, et serrées ou quadrillées pour le bois de bout, permettant d’identifier l’orientation des fibres sur le plan.

4.4. Sections rabattues et sections sorties

Pour définir le profil d’une pièce longue (comme un pied de table Louis XV ou une main courante d’escalier) sans dessiner une autre vue, l’élève utilise la section rabattue directement sur la vue ou la section sortie dessinée à proximité. Cette technique est très utilisée pour les plans de détail à l’échelle 1:1.

Chapitre 5 : Coupes particulières et conventions avancées

Les ouvrages complexes nécessitent parfois des plans de coupe non rectilignes pour montrer plusieurs détails constructifs simultanément.

5.1. La coupe brisée à plans parallèles

Cette technique, aussi appelée coupe en baïonnette, permet de décaler le plan de coupe pour traverser des éléments situés à des profondeurs différentes, comme une serrure et un tenon sur un même montant de porte. L’élève apprend à gérer les changements de plan sans tracer de trait continu à la jonction.

5.2. La coupe brisée à plans sécants

Utilisée pour les pièces présentant une symétrie angulaire ou des formes courbes, cette méthode consiste à rabattre un plan oblique sur le plan de projection principal. Elle est utile pour représenter les assemblages de coins de meubles hexagonaux ou les éléments de charpente circulaire.

5.3. Demi-vue et demi-coupe

Pour les ouvrages symétriques (tournage, pieds de table ronds), la représentation d’une moitié en vue extérieure et l’autre moitié en coupe optimise l’information technique. L’élève maîtrise la signalétique des axes de symétrie pour indiquer que la pièce est complète.

5.4. Représentation des détails agrandis

Lorsque l’échelle générale ne permet pas de coter précisément un assemblage, l’extraction d’un détail entouré d’un cercle fin et son agrandissement à une échelle supérieure (ex: détail A, Éch 1:1) est nécessaire. C’est la norme pour les dessins de profils de fenêtres à recouvrement.

Chapitre 6 : Perspectives et visualisation spatiale

Le dessin en perspective offre une vision tridimensionnelle réaliste, facilitant la compréhension de l’ouvrage par le client et l’artisan avant la fabrication.

6.1. La perspective cavalière

Simple à exécuter, la perspective cavalière conserve la face frontale en vraie grandeur (non déformée) et projette les fuyantes à 45°. L’élève l’utilise pour les croquis rapides d’assemblages (tenon-mortaise) afin de visualiser l’orientation des pièces et les épaulements.

6.2. La perspective isométrique

Plus réaliste, cette perspective dispose les trois axes à 120° les uns des autres. Elle est idéale pour représenter des meubles éclatés ou des vues d’ensemble de charpentes, car elle permet de mesurer les dimensions sur les trois axes avec le même coefficient de réduction.

6.3. Croquis à main levée et proportion

La capacité à esquisser rapidement une idée ou une solution technique sur un chantier, sans instruments, est une compétence professionnelle majeure. L’élève développe son coup d’œil pour respecter les proportions et les parallélismes sans l’aide de la règle.

6.4. Ombres et rendu des textures

L’ajout sommaire d’ombres propres et portées, ainsi que la texturation évoquant le veinage du bois (fil, loupe, maillure), donne du volume et du réalisme au dessin. Cela aide à différencier les essences prévues, par exemple un panneau en plaquage Sapelli dans un cadre en Wenge massif.

PARTIE 3 : DESSIN TECHNIQUE DES ÉLÉMENTS ET OUVRAGES DE MENUISERIE

Cette dernière partie applique les conventions graphiques à la représentation spécifique des assemblages et des ouvrages définis dans le programme national. L’élève passe de la théorie géométrique à la pratique professionnelle du bureau d’études menuiserie. 🚪🪑

Chapitre 7 : Représentation des liaisons et embrèvements

Ce chapitre se concentre sur le dessin de détail des systèmes d’assemblage qui assurent la solidité des structures en bois.

7.1. Assemblages de rallongement et d’élargissement

L’élève représente les liaisons bout à bout (trait de Jupiter, sifflet) utilisées pour les pièces de grande longueur, et les assemblages de plat-joint ou à rainure et languette pour l’élargissement des panneaux et plateaux de table. Les coupes permettent de montrer le jeu de fonctionnement nécessaire au collage.

7.2. Assemblages d’angle à tenon et mortaise

Le dessin du tenon et de la mortaise est l’exercice fondamental. L’élève détaille les variantes : tenon passant, borgne, à épaulement, avec ravancement de moulure. La représentation en éclaté (pièces séparées mais alignées) aide à comprendre l’usinage des arasements.

7.3. Assemblages à mi-bois et à enfourchement

Utilisés pour les croisements de cadres ou les châssis simples, ces assemblages nécessitent une représentation précise des entailles. Le dessin met en évidence les surfaces de contact destinées à être encollées et les renforts éventuels par chevilles, représentées par leurs axes.

7.4. Embrèvements de panneaux et plate-bande

L’élève dessine l’insertion des panneaux dans les cadres (bâtis), en représentant les rainures, les feuillures avec parcloses et les profils de plate-bande. La coupe transversale du montant et du panneau est indispensable pour coter le jeu de dilatation nécessaire aux bois massifs sous climat tropical.

Chapitre 8 : Dessin de construction des menuiseries du bâtiment

L’application des compétences acquises à la conception d’ouvrages fixes destinés à clore les baies ou à séparer les espaces.

8.1. Les huisseries et bâtis dormants

Le dessin des profils d’huisseries (pour portes simples ou doubles) intègre la représentation des feuillures, des systèmes de scellement dans la maçonnerie (pattes à queue de carpe) et des assemblages de tête (coupe d’onglet ou enfourchement). La section rabattue est souvent utilisée ici.

8.2. Les châssis vitrés et fenêtres simples

La conception graphique des châssis fixes ou ouvrants nécessite le détail des feuillures à verre, du mastic ou des parcloses de maintien, et du rejet d’eau en traverse basse. L’élève apprend à dessiner les coupes verticales et horizontales pour définir l’étanchéité de la fenêtre.

8.3. Les portes intérieures et extérieures

L’élève réalise le plan d’élévation et les coupes d’une porte, distinguant les modèles plans, isoplanes ou panneautés. Le dessin inclut la position des organes de rotation (paumelles, charnières) et de fermeture (serrures), cotés par rapport au niveau du sol fini.

8.4. Les volets et persiennes

La représentation des volets pleins (barres et écharpes) ou à persiennes (lames inclinées) demande une grande précision dans le tracé répétitif. L’élève utilise les hachures pour montrer l’inclinaison des lames de persienne en coupe verticale, assurant la ventilation et l’occultation.

Chapitre 9 : Dessin d’agencement et mobilier intégré

Ce chapitre aborde la représentation des ouvrages de rangement et d’habillage mural, connectant la menuiserie à l’architecture intérieure.

9.1. Façades de placards et rangements sous-évier

L’élève dessine les façades de placards en élévation, en positionnant les portes, les tiroirs et les plinthes. Le cas spécifique du meuble sous-évier intègre les contraintes de plomberie, nécessitant souvent des fonds réduits ou des découpes que le plan doit signaler clairement.

9.2. Les revêtements muraux et lambris

Le dessin des lambris (hauteur d’appui ou toute hauteur) implique le calepinage, c’est-à-dire le calcul de la répartition des lames pour éviter les coupes disgracieuses aux extrémités. Les coupes verticales montrent le système de tasseautage (solivage mural) et de ventilation arrière pour éviter le pourrissement.

9.3. Lecture de plans d’architecture et implantation

Pour installer ses ouvrages, le menuisier doit savoir lire un plan d’architecte. Ce module initie l’élève au repérage des baies, des niveaux de référence (trait de niveau à 1m) et des symboles de matériaux (béton, brique) sur les plans de génie civil fournis sur chantier.

9.4. Établissement de la feuille de débit à partir du plan

L’exercice final consiste à extraire toutes les données dimensionnelles du dessin d’ensemble pour remplir la feuille de débit. L’élève apprend à ajouter les surcotes d’usinage aux cotes finies relevées sur le plan, faisant le lien direct entre le bureau d’études et la machine de débit.

ANNEXES

A.1. Bibliothèque de symboles normalisés

Un recueil graphique regroupant les symboles architecturaux (portes, fenêtres, sens d’ouverture), les hachures matériaux (bois, béton, acier, isolant) et les symboles de quincaillerie (vis, boulons, charnières) utilisés couramment en RDC.

A.2. Tableau des dimensions commerciales

Un aide-mémoire listant les sections standards des bois débités (voliges, chevrons, madriers) et les dimensions des panneaux dérivés (contreplaqué, MDF) disponibles sur le marché local, pour concevoir des ouvrages réalisables sans pertes excessives.

A.3. Guide des types de traits et écritures

Une fiche récapitulative montrant les épaisseurs de traits associées aux porte-mines (0.3, 0.5, 0.7 mm) et des exemples d’alphabets normés, servant de modèle pour l’entraînement à l’écriture technique.

A.4. Exemple de dossier technique complet

Un modèle réduit de dossier de fabrication pour un petit ouvrage (ex: un châssis simple), comprenant le plan d’ensemble, la nomenclature, le dessin de détail d’un assemblage et la feuille de débit correspondante, servant de référence pour les projets de l’élève.