COURS D’HYGIÈNE ET SÉCURITÉ AU TRAVAIL, 2ÈME ANNÉE, OPTION MENUISERIE
Edition 2025 / Enseignement primaire, secondaire et technique en RDC
PRÉLIMINAIRES
0.1. Objectifs généraux du cours
Ce module de formation vise à inculquer à l’apprenant les compétences fondamentales nécessaires pour maintenir un environnement de travail sécuritaire au sein des ateliers de menuiserie. L’enseignement permet à l’élève d’identifier les risques professionnels, de distinguer les accidents de travail des maladies professionnelles et d’appliquer rigoureusement les mesures de prévention. La finalité est la réduction drastique des incidents dans les ateliers scolaires et professionnels à travers la RDC. 🇨🇩
0.2. Définitions et terminologie de base
La maîtrise du vocabulaire technique constitue le socle de la prévention. Les concepts d’Accident du Travail (AT), de Maladie Professionnelle (MP) et de danger imminent sont définis selon les normes du Code du travail congolais. Cette section établit une distinction claire entre le danger, qui est intrinsèque à l’équipement, et le risque, qui résulte de l’exposition du travailleur à ce danger.
0.3. Législation et responsabilités
L’élève découvre le cadre légal régissant la sécurité au travail en République Démocratique du Congo. L’accent est placé sur les obligations de l’employeur en matière de fourniture d’équipements de protection et sur le devoir de l’employé de respecter les consignes. La responsabilité individuelle engage chaque acteur de l’atelier, depuis l’apprenti jusqu’au chef d’atelier, pour garantir une vigilance collective.
0.4. Méthodologie et évaluation
L’apprentissage alterne entre l’analyse théorique des risques et des mises en situation pratique dans l’atelier. L’évaluation se fonde sur la capacité de l’élève à repérer des situations dangereuses sur des supports visuels et à adopter les postures sécuritaires lors des travaux d’atelier. La note finale sanctionne l’intégration des réflexes de prévention et le respect du port des équipements de protection.
PARTIE 1 : FONDAMENTAUX DE LA SANTÉ ET DE L’HYGIÈNE EN ATELIER
Cette première partie établit les bases théoriques et pratiques de l’hygiène corporelle et environnementale, définissant les normes comportementales requises pour tout menuisier qualifié. Elle analyse la typologie des risques pour permettre une anticipation efficace des dangers. 🧼⚠️
Chapitre 1 : Hygiène corporelle et vestimentaire
Ce chapitre traite des exigences personnelles que l’élève doit satisfaire avant même de commencer le travail, garantissant que sa propre tenue ne constitue pas un facteur de risque.
1.1. Règles d’hygiène corporelle au travail
La propreté corporelle prévient les infections cutanées et la contamination des surfaces de travail. Le lavage des mains avant et après l’utilisation des machines ou la manipulation des essences toxiques comme le Wenge est impératif pour éviter l’ingestion de substances nocives.
1.2. La tenue de travail réglementaire
Le port de la blouse ou de la combinaison ajustée, communément appelée « salopette » dans les ateliers de Limete à Kinshasa, protège le corps des copeaux et des produits de finition. La tenue doit être exempte de parties flottantes susceptibles d’être happées par les organes en mouvement des machines.
1.3. Gestion des cheveux et accessoires
Les cheveux longs doivent être attachés et couverts, et le port de bijoux (bagues, chaînes, montres) est strictement proscrit lors de l’utilisation des machines-outils. Cette mesure élimine le risque d’entraînement mécanique qui cause des blessures graves.
1.4. Attitudes et comportement responsable
La discipline personnelle, incluant l’interdiction de courir ou de chahuter dans l’atelier, maintient un climat de concentration nécessaire à la sécurité. L’élève apprend à adopter une posture stable et attentive, essentielle lors des opérations de débitage ou de profilage.
Chapitre 2 : Identification et classification des risques
L’analyse systématique des sources de danger permet de cartographier les risques présents dans un atelier de menuiserie moderne ou traditionnel.
2.1. Les risques liés aux infrastructures
L’état des sols, l’éclairage insuffisant ou une ventilation défaillante constituent des risques structurels majeurs. Un sol encombré de chutes de bois ou rendu glissant par la sciure augmente la probabilité de chutes et de collisions.
2.2. Les risques liés aux équipements et machines-outils
Les scies circulaires, dégauchisseuses et toupies présentent des dangers mécaniques spécifiques tels que les coupures, les écrasements ou les projections de matière. L’identification des zones dangereuses sur chaque machine permet de définir les périmètres de sécurité.
2.3. Les risques liés à la matière d’œuvre
Certains bois tropicaux libèrent des poussières allergènes ou toxiques lors de l’usinage. La manipulation de panneaux lourds ou de grumes engendre des risques ergonomiques liés à la manutention manuelle, nécessitant des techniques de levage appropriées.
2.4. Les risques liés aux produits chimiques
L’utilisation de vernis, de solvants, de colles et de produits de traitement insecticide ou fongicide expose le menuisier à des risques d’intoxication par inhalation ou contact cutané. L’identification des pictogrammes de danger sur les emballages est une compétence clé.
Chapitre 3 : Conséquences des accidents et maladies
Comprendre l’impact des sinistres motive l’adoption des mesures préventives en illustrant les coûts humains et économiques de la négligence.
3.1. Classification des accidents du travail (AT)
L’accident du travail se définit par sa soudaineté et son lien direct avec l’activité professionnelle. L’étude de cas réels survenus dans des menuiseries industrielles du Katanga illustre la diversité des lésions, allant de la simple écorchure à l’amputation.
3.2. Typologie des maladies professionnelles (MP)
Les maladies professionnelles, telles que les affections respiratoires dues aux poussières de bois ou les troubles musculo-squelettiques, se développent progressivement. L’accent est mis sur la reconnaissance des symptômes précoces liés à l’exposition prolongée aux nuisances de l’atelier.
3.3. Conséquences humaines et sociales
L’accident impacte l’intégrité physique du travailleur, entraînant douleur, handicap temporaire ou permanent, et affecte sa capacité à pourvoir aux besoins de sa famille. La dimension psychologique post-traumatique est également abordée.
3.4. Impact économique pour l’entreprise
Les arrêts de travail désorganisent la production et engendrent des coûts de réparation du matériel ou de remplacement du personnel. La prévention s’impose donc comme un investissement rentable pour la pérennité des entreprises de menuiserie.
PARTIE 2 : SYSTÈMES DE PROTECTION ET PRÉVENTION TECHNIQUE
Cette partie centrale détaille les dispositifs techniques et les équipements individuels qui forment le rempart entre l’opérateur et le danger. Elle couvre la sécurisation des machines et la protection de l’intégrité physique du menuisier. 🛡️⚙️
Chapitre 4 : Dispositifs de protection collective sur machines
La protection collective prime sur la protection individuelle car elle réduit le danger à la source pour l’ensemble des utilisateurs de l’atelier.
4.1. Les carters et capots de protection
Les carters fixes ou mobiles interdisent l’accès aux organes de transmission (courroies, engrenages) et aux outils de coupe en mouvement. L’élève apprend à vérifier la présence et le verrouillage de ces dispositifs avant toute mise en marche, comme sur les scies à ruban utilisées à Kisangani.
4.2. Le couteau diviseur et les guides
Sur la scie circulaire, le couteau diviseur empêche le resserrement du bois sur la lame, prévenant ainsi le rejet violent de la pièce vers l’opérateur. Les guides parallèles et perpendiculaires assurent le maintien de la pièce, limitant le risque de dérapage manuel.
4.3. Les systèmes d’aspiration des copeaux
L’installation de captage des poussières à la source améliore la visibilité de la zone de travail et préserve la qualité de l’air. Le fonctionnement des aspirateurs industriels connectés aux machines est essentiel pour prévenir les risques d’incendie et d’explosion des poussières.
4.4. Les dispositifs d’arrêt d’urgence
L’accessibilité et le fonctionnement des boutons « coup de poing » permettent l’arrêt immédiat de la machine en cas d’anomalie. L’élève s’exerce à localiser ces commandes sur chaque équipement de l’atelier et à tester leur efficacité périodiquement.
Chapitre 5 : Équipements de Protection Individuelle (EPI)
Lorsque les protections collectives ne suffisent pas à éliminer le risque, le port des EPI devient la dernière barrière de sécurité indispensable.
5.1. Protection de la tête et des yeux
Les lunettes de sécurité ou les visières protègent les yeux contre les projections de copeaux et d’éclats de bois lors du tournage ou du sciage. Dans les chantiers de pose, le port du casque protège contre les chutes d’objets.
5.2. Protection des voies respiratoires
Le masque anti-poussière filtrant (type FFP2 ou FFP3) est obligatoire lors du ponçage et du sciage des bois exotiques irritants. Pour l’application de vernis au pistolet, le masque à cartouche protège contre les vapeurs organiques nocives.
5.3. Protection auditive et des mains
Les casques antibruit ou les bouchons d’oreilles préservent le capital auditif face au niveau sonore élevé des dégauchisseuses et raboteuses. Les gants de protection sont utilisés pour la manutention des bois bruts mais doivent être retirés lors de l’usinage sur machine tournante pour éviter le happement.
5.4. Protection des pieds et du corps
Les chaussures de sécurité à embout renforcé et semelle anti-perforation protègent contre la chute de pièces lourdes et les clous au sol. Elles garantissent également une adhérence optimale sur les sols parfois glissants des ateliers.
Chapitre 6 : Prévention des risques liés à l’environnement de travail
L’organisation spatiale et la gestion des flux dans l’atelier contribuent activement à la prévention des accidents.
6.1. Rangement et propreté de l’atelier
Le nettoyage régulier du poste de travail et l’évacuation des chutes de bois dégagent les zones de circulation. Un atelier ordonné, comme ceux des centres de formation professionnelle modèles à Bukavu, réduit considérablement les risques de trébuchement.
6.2. Signalisation de sécurité (Enseignes)
La connaissance des codes couleurs et des formes géométriques de la signalisation (Interdiction, Obligation, Avertissement, Sauvetage) permet une identification rapide des zones à risques et des issues de secours. L’élève apprend à respecter scrupuleusement ces indications visuelles.
6.3. Ergonomie et manutention
L’adoption de postures correctes lors du levage de charges lourdes préserve la colonne vertébrale. L’utilisation d’aides à la manutention, comme les servantes à rouleaux, facilite le travail des pièces longues et réduit la fatigue physique.
6.4. Prévention des risques électriques
La vérification visuelle de l’état des câbles d’alimentation et des prises évite les électrisations. L’interdiction d’utiliser des appareils électriques en milieu humide ou avec des mains mouillées est une règle de sécurité absolue.
PARTIE 3 : INTERVENTION ET GESTION DES SITUATIONS D’URGENCE
Cette dernière partie prépare l’élève à réagir efficacement face à un incident ou un début de sinistre. Elle aborde également la dimension environnementale de la sécurité, liant la gestion des déchets à la prévention des risques industriels. 🚨🔥
Chapitre 7 : Prévention et lutte contre l’incendie
Le bois, la sciure et les produits de finition constituent une charge calorifique élevée, rendant le risque d’incendie critique en menuiserie.
7.1. Le triangle du feu et les causes d’incendie
La compréhension des trois éléments nécessaires à la combustion (combustible, comburant, énergie d’activation) permet d’identifier les situations dangereuses, comme l’accumulation de sciure près d’une source de chaleur ou d’étincelles électriques.
7.2. Les agents extincteurs et types d’extincteurs
L’élève apprend à distinguer les classes de feux (A, B, C) et à choisir l’extincteur approprié (eau pulvérisée, poudre, CO2). L’utilisation d’eau sur un feu d’origine électrique est proscrite en raison du risque d’électrocution.
7.3. Manipulation des équipements de première intervention
La formation pratique à la manipulation des extincteurs et au déploiement des robinets d’incendie armés (RIA) permet une réaction rapide sur un départ de feu. La connaissance de l’emplacement des équipements est vitale.
7.4. Procédures d’évacuation et point de rassemblement
La maîtrise des consignes d’évacuation, la reconnaissance de l’alarme sonore et la connaissance des itinéraires de sortie garantissent une mise en sécurité ordonnée du personnel sans panique, essentielle dans les grands ateliers de Matadi.
Chapitre 8 : Secourisme et premiers gestes
Bien que ne remplaçant pas une formation médicale, ce chapitre dote l’élève des réflexes de survie pour assister une victime en attendant les secours spécialisés.
8.1. Le principe « Protéger, Alerter, Secourir » (PAS)
La sécurisation de la zone d’accident est la priorité pour éviter le sur-accident avant d’examiner la victime et de transmettre une alerte précise aux services d’urgence ou à l’infirmerie de l’établissement.
8.2. Conduite à tenir en cas de coupure ou d’hémorragie
La menuiserie expose particulièrement au risque de coupures. L’élève apprend les techniques de compression manuelle directe ou la pose d’un pansement compressif pour stopper un saignement abondant.
8.3. Intervention sur brûlures et projections chimiques
Le refroidissement immédiat des brûlures thermiques à l’eau tempérée et le rinçage abondant des yeux ou de la peau en cas de projection de solvants limitent la gravité des lésions tissulaires.
8.4. Trousse de secours d’atelier
La connaissance du contenu standard de la trousse de secours (désinfectants, pansements, compresses stériles) et de son emplacement permet une utilisation adéquate du matériel pour soigner les blessures mineures sous supervision.
Chapitre 9 : Environnement et gestion des déchets
La sécurité au travail est indissociable du respect de l’environnement, la gestion des déchets participant à la prévention des risques sanitaires et écologiques.
9.1. Tri sélectif des déchets d’atelier
La séparation des déchets inertes (bois massif), des déchets dangereux (bidons de solvants, chiffons souillés) et des déchets banals permet un traitement approprié. Les copeaux de bois non traités peuvent être valorisés en énergie ou en agriculture.
9.2. Stockage des produits dangereux
Les produits inflammables et toxiques doivent être stockés dans des armoires ventilées spécifiques, sur des bacs de rétention pour prévenir les fuites accidentelles dans les sols ou les nappes phréatiques.
9.3. Nuisances sonores et atmosphériques
La réduction du bruit à la source et la filtration de l’air rejeté par les systèmes d’aspiration contribuent à la protection de l’environnement extérieur et au confort du voisinage, un aspect crucial en zone urbaine dense.
9.4. Écoconception et utilisation rationnelle
L’optimisation des débits pour réduire les chutes et le choix de produits de finition moins polluants (vernis à l’eau) intègrent la dimension de développement durable dans la pratique quotidienne du métier de menuisier.
ANNEXES
A.1. Pictogrammes de sécurité normalisés
Ce répertoire visuel présente l’ensemble des panneaux de signalisation (interdictions, obligations, dangers, incendie, évacuation) et les symboles de danger chimique (SGH) que l’élève rencontrera sur les chantiers et les bidons de produits, servant de référence pour le décodage rapide des informations de sécurité.
A.2. Fiche de contrôle périodique des machines
Un modèle de liste de vérification (checklist) permettant à l’élève et au chef d’atelier d’inspecter systématiquement les organes de sécurité des machines (protecteurs, arrêts d’urgence, intégrité des câbles) avant le début des travaux pratiques.
A.3. Tableau des essences de bois toxiques de la RDC
Une liste détaillée des essences forestières locales reconnues pour leur toxicité ou leur caractère allergène (comme le Kambala ou certaines variétés d’Ebène), indiquant les précautions spécifiques de manipulation et les EPI respiratoires requis pour leur usinage.
A.4. Procédure d’alerte des secours
Un document synthétique récapitulant les numéros d’urgence locaux (Pompiers, Ambulance, Police) et le script de communication à adopter pour transmettre une alerte efficace, adaptable selon la province ou la ville où se situe l’établissement de formation.