MANUELS SCOLAIRES

COURS DE SOCIOLOGIE, 2ÈME ANNÉE, OPTION LATIN-PHILOSOPHIE

Édition 2025 / Enseignement primaire, secondaire et technique en RDC

🏛️ PRÉLIMINAIRES ET DISPOSITIF PÉDAGOGIQUE

0.1. Note d’Orientation Didactique

Ce manuel constitue le support didactique de référence pour la deuxième année des Humanités, option Latin-Philosophie. Il assure la continuité avec les acquis de la première année et élève le niveau d’analyse vers la compréhension des dynamiques structurelles complexes. L’enseignant exploitera cet outil pour transformer l’observation empirique des faits sociaux en une compréhension systémique et théorique. Le cours privilégie une approche analytique rigoureuse, considérant la société congolaise comme un laboratoire vivant où s’appliquent et se confrontent les grandes théories sociologiques universelles.

0.2. Compétences Terminales et Profil de Sortie

Au terme de cette année scolaire, l’élève maîtrise les concepts avancés de stratification sociale, de mobilité et de contrôle social. Il analyse les institutions majeures (État, Religion, Éducation) dans leurs fonctions manifestes et latentes au sein de la RDC. Il démontre une capacité à décrypter les mécanismes du changement social, de l’urbanisation et les défis du développement. L’apprenant formule des diagnostics sociologiques pertinents sur des problématiques contemporaines telles que la déviance juvénile ou les mutations du monde rural.

0.3. Stratégies d’Enseignement et Méthodologie

La pédagogie adoptée repose sur l’alternance entre l’exposé magistral des paradigmes théoriques et l’étude de cas concrets. L’enseignant mobilise la méthode comparative pour confronter les réalités de différentes provinces de la RDC, du Kongo Central au Haut-Uélé. L’analyse documentaire de rapports sociaux et d’articles de presse complète l’observation directe. Les débats dirigés encouragent l’élève à appliquer la rigueur philosophique à l’analyse des faits de société, évitant les jugements de valeur hâtifs.

0.4. Critères et Modalités d’Évaluation

L’évaluation s’exerce de manière continue et sommative. Elle mesure la précision terminologique, la capacité de synthèse théorique et la pertinence de l’application contextuelle. Les travaux pratiques incluent de micro-enquêtes et des analyses de textes sociologiques classiques. Les examens semestriels vérifient l’intégration des concepts de stratification et de dynamique sociale. La grille de correction valorise la clarté de l’argumentation, l’objectivité scientifique et la richesse des exemples locaux mobilisés.

📊 PARTIE I : ORGANISATION ET STRATIFICATION SOCIALE

Cette première partie explore l’architecture verticale et horizontale de la société. Elle analyse comment les sociétés humaines hiérarchisent leurs membres et comment s’organisent les grandes institutions qui structurent la vie collective. L’objectif consiste à fournir à l’élève les clés de lecture des inégalités et de l’ordre social en RDC.

Chapitre 1 : La Stratification Sociale

1.1. Notions et Formes de Stratification

L’élève définit la stratification comme la répartition de la population en groupes hiérarchisés selon le pouvoir, la richesse et le prestige. Il distingue les systèmes ouverts (classes) des systèmes fermés (castes, ordres). L’analyse compare les structures rigides des sociétés précoloniales (noblesse lunda, esclavage domestique) avec la stratification fluide des sociétés modernes.

1.2. Les Classes Sociales : Théories et Réalités

Ce module approfondit les théories de Marx (bourgeoisie/prolétariat) et de Weber (classes/statuts/partis). L’élève applique ces grilles de lecture à la société congolaise actuelle, identifiant une classe dirigeante politico-administrative, une classe moyenne émergente dans les centres urbains comme Lubumbashi, et les classes populaires du secteur informel.

1.3. Les Inégalités Sociales et Économiques

L’enseignement objective les disparités d’accès aux ressources. L’élève examine les indicateurs d’inégalité (coefficient de Gini) appliqués aux revenus, à la santé et à l’éducation en RDC. Il analyse les fractures entre les milieux urbains favorisés et les zones rurales enclavées, comme celles du Sankuru ou du Bas-Uélé.

1.4. Pauvreté et Exclusion Sociale

L’élève cerne le concept de pauvreté dans ses dimensions monétaires et humaines. Il analyse les mécanismes de l’exclusion sociale qui marginalisent certains groupes (personnes vivant avec handicap, populations autochtones pygmées). L’étude aborde les stratégies de survie et les réseaux de solidarité qui pallient l’absence de protection sociale formelle.

Chapitre 2 : La Mobilité Sociale

2.1. Définition et Types de Mobilité

L’élève distingue la mobilité horizontale (changement de poste sans changement de statut) de la mobilité verticale (ascension ou régression sociale). Il différencie la mobilité intragénérationnelle (au cours d’une vie) de la mobilité intergénérationnelle (par rapport aux parents). Ces concepts permettent d’évaluer le dynamisme de la société congolaise.

2.2. Les Facteurs et Canaux de Mobilité en RDC

Ce module identifie les ascenseurs sociaux spécifiques au contexte national. L’élève analyse le rôle de l’école et du diplôme universitaire, l’entrepreneuriat commercial, la carrière politique, mais aussi les voies informelles comme la réussite musicale ou sportive. L’impact des réseaux clientélistes sur la promotion sociale est examiné avec lucidité.

2.3. Les Freins à la Mobilité Sociale

L’analyse porte sur les obstacles structurels et culturels. L’élève étudie la reproduction sociale, le manque d’infrastructures économiques dans les provinces reculées et les pesanteurs socioculturelles. Le phénomène du « plafond de verre » pour les femmes dans l’administration publique et les entreprises privées fait l’objet d’une attention particulière.

2.4. Migration et Mobilité Géographique

L’élève établit le lien entre déplacement spatial et changement de statut. Il analyse les flux migratoires internes, notamment l’exode des jeunes du Kwilu vers Kinshasa ou du Kasaï vers le Katanga, motivés par la recherche d’opportunités économiques. Les conséquences sociales de ces déplacements sur les zones de départ et d’arrivée sont évaluées.

Chapitre 3 : Les Institutions Sociales Fondamentales

3.1. L’Institution Familiale et ses Mutations

Au-delà de la parenté (vue en 1ère année), ce module analyse la famille comme institution économique et juridique. L’élève examine l’évolution du Code de la Famille congolais. Il étudie les tensions entre le droit coutumier et le droit écrit concernant les successions et l’autorité parentale, illustrées par des cas de jurisprudence locaux.

3.2. L’Institution Politique et l’État

L’élève analyse l’État comme le détenteur du monopole de la violence légitime (Weber). Il étudie l’organisation du pouvoir en RDC, distinguant les institutions républicaines (Présidence, Parlement) des chefferies coutumières reconnues par la constitution. La notion de légitimité rationnelle-légale est confrontée à la légitimité traditionnelle.

3.3. L’Institution Éducative et le Système Scolaire

Ce sous-chapitre traite de l’école comme agent de sélection et d’allocation des rôles. L’élève analyse le fonctionnement du système éducatif congolais, ses défis en matière de qualité et d’accessibilité (gratuité de l’enseignement de base). La dualité entre formation classique et formation technique est discutée sous l’angle de l’adéquation emploi-formation.

3.4. L’Institution Religieuse et les Églises

L’analyse sociologique aborde la religion comme fait social institutionnalisé. L’élève examine l’influence des grandes confessions (Catholique, Protestante, Kimbanguiste) et la prolifération des églises de réveil. Il évalue leur rôle politique, économique (prestation de services de santé/éducation) et leur impact sur la cohésion sociale à Mbuji-Mayi ou Kinshasa.

🔄 PARTIE II : DYNAMIQUES, CONTRÔLE ET CHANGEMENT SOCIAL

La deuxième partie se concentre sur les forces qui assurent la stabilité de la société et celles qui provoquent son évolution. Elle examine les mécanismes de régulation des comportements, la gestion des conflits et les processus de transformation historique.

Chapitre 4 : Contrôle Social et Déviance

4.1. Normes, Valeurs et Contrôle Social

L’élève définit les normes (règles de conduite) comme la traduction concrète des valeurs (idéaux collectifs). Il analyse les mécanismes de contrôle social formel (Police, Justice) et informel (pression du voisinage, rumeur, sorcellerie). L’efficacité comparée de ces contrôles dans un village du Maniema et un quartier de Goma est étudiée.

4.2. La Déviance et la Délinquance

Ce module distingue la déviance (transgression de la norme) de la délinquance (transgression de la loi pénale). L’élève étudie les théories de l’étiquetage et de l’anomie. Il analyse les phénomènes de bandes urbaines (Kuluna à Kinshasa, Maibobo à Kisangani) comme des formes de contre-culture ou de réponse à l’exclusion.

4.3. La Criminalité et la Justice

L’élève examine le traitement institutionnel de la déviance. Il analyse le fonctionnement du système judiciaire et pénitentiaire congolais. La problématique de l’impunité et de la justice populaire est abordée comme symptôme d’un affaiblissement du contrôle étatique.

4.4. Les Fléaux Sociaux et Pathologies

L’analyse s’étend aux comportements autodestructeurs ou socialement nuisibles. L’élève étudie les déterminants sociologiques de l’alcoolisme, de la toxicomanie et de la prostitution. Ces phénomènes sont contextualisés dans les zones minières (Kolwezi) ou frontalières (Kasumbalesa) pour en comprendre les ressorts économiques.

Chapitre 5 : Conflits et Mouvements Sociaux

5.1. Sociologie du Conflit

L’élève comprend le conflit non comme une anomalie, mais comme une forme normale d’interaction sociale (Simmel). Il classifie les conflits : conflits de travail, conflits fonciers, conflits de pouvoir. L’analyse porte sur les fonctions intégratives et désintégratrices du conflit.

5.2. Les Conflits Intercommunautaires en RDC

Ce sous-chapitre applique la théorie aux réalités locales. L’élève analyse les racines sociologiques des tensions entre agriculteurs et éleveurs, ou entre communautés autochtones et allochtones (conflits Teke-Yaka, Hema-Lendu). Il décrypte l’instrumentalisation politique des identités et la compétition pour les ressources.

5.3. Les Mouvements Sociaux et l’Action Collective

L’élève étudie comment le mécontentement individuel se transforme en revendication collective. Il analyse le rôle des syndicats, des associations de la société civile (LUCHA, FILIMBI) et des mouvements citoyens. Les modes d’action (grèves, marches, sit-in) et leur impact sur la décision politique sont évalués.

5.4. Mécanismes de Résolution des Conflits

L’enseignement explore les voies de la pacification. L’élève compare la justice moderne (tribunaux) aux mécanismes traditionnels de réconciliation (Barza intercommunautaire au Nord-Kivu, arbre à palabres). Il identifie le rôle des médiateurs sociaux (chefs religieux, notables) dans la restauration du lien social.

Chapitre 6 : Le Changement Social

6.1. Facteurs et Agents du Changement

L’élève identifie les moteurs de l’évolution sociale : facteurs démographiques, progrès technique, idéologies, conflits. Il distingue les agents du changement (élites innovatrices, mouvements de jeunesse) des forces de résistance (conservatisme culturel, intérêts acquis).

6.2. Évolution, Révolution et Réforme

Ce module clarifie les rythmes du changement. L’élève différencie l’évolution lente et continue, la réforme planifiée par les institutions et la révolution comme rupture brutale de l’ordre établi. L’histoire politique de la RDC est relue à travers cette grille typologique.

6.3. Mondialisation et Acculturation

L’analyse porte sur l’ouverture de la société congolaise au monde. L’élève étudie l’impact des technologies de l’information et des modèles culturels occidentaux ou asiatiques sur les modes de vie locaux. Les processus d’hybridation culturelle et de perte d’identité sont discutés de manière critique.

6.4. Résistance au Changement et Tradition

L’élève examine la dialectique entre tradition et modernité. Il analyse comment certaines structures traditionnelles (pouvoir coutumier, solidarité clanique) résistent, s’adaptent ou freinent la modernisation. L’exemple de la persistance de la croyance en la sorcellerie malgré la modernité technologique illustre cette complexité.

🚜 PARTIE III : SOCIOLOGIE DU DÉVELOPPEMENT ET RÉALITÉS CONGOLAISES

Cette troisième partie ancre la sociologie dans l’urgence du développement. Elle analyse les dynamiques rurales et urbaines, le secteur informel et les grands défis sociétaux contemporains. L’objectif est de former un citoyen capable de penser les solutions aux problèmes de son environnement.

Chapitre 7 : Sociologie Urbaine et Rurale

7.1. La Ville Congolaise : Structure et Problèmes

L’élève analyse la morphologie des villes de RDC, héritée de la colonisation (ville européenne/cité indigène) et transformée par l’urbanisation anarchique. Il étudie les problèmes de logement, d’assainissement et de transport à Kinshasa ou Bukavu. La notion de « rurbanisation » (campagne dans la ville) est abordée.

7.2. Le Monde Rural : Organisation et Défis

L’analyse se tourne vers les sociétés paysannes. L’élève étudie l’organisation sociale du village, le régime foncier coutumier et les rythmes de vie agraires. Il examine les causes de la paupérisation rurale et l’enclavement des territoires agricoles comme ceux de la Tshuapa.

7.3. L’Exode Rural et ses Conséquences

Ce module approfondit l’étude des flux ville-campagne. L’élève analyse le dépeuplement des zones productives et la « macrociéphalie » urbaine. Les conséquences sociales (vieillissement de la population rurale, surpopulation des bidonvilles) sont évaluées pour comprendre le déséquilibre territorial.

7.4. Rapports Ville-Campagne et Aménagement

L’élève réfléchit aux interdépendances. Il analyse les flux de produits vivriers vers la ville et les flux financiers vers le village. La nécessité d’une politique d’aménagement du territoire équilibrée, favorisant les villes secondaires comme Kikwit ou Bunia, est discutée.

Chapitre 8 : Économie Sociale et Développement

7.1. Sociologie du Sous-Développement

L’élève définit le sous-développement non comme un simple retard, mais comme une structure sociale désarticulée. Il analyse les théories de la modernisation et de la dépendance. Les indicateurs sociaux (IDH, espérance de vie) positionnent la RDC dans le contexte mondial.

7.2. Le Secteur Informel et l’Économie de la Débrouille

Ce module est central pour comprendre la réalité congolaise. L’élève analyse l’économie informelle non comme une anomalie, mais comme le mode dominant de production et de survie. Il étudie les petits métiers, le commerce de rue et l’organisation sociale des marchés pirates.

7.3. Les Acteurs du Développement : État, ONG, Bailleurs

L’analyse porte sur le système de l’aide et du développement. L’élève examine le rôle de l’État planificateur, la prolifération des ONG nationales et internationales, et l’influence des bailleurs de fonds. La critique de l’assistanat et la promotion de l’auto-prise en charge communautaire sont développées.

7.4. Environnement et Développement Durable

L’élève intègre la dimension écologique. Il analyse les impacts sociaux de l’exploitation des ressources naturelles (forêts, mines) sur les communautés locales. Les conflits autour de la gestion des parcs nationaux (Virunga, Garamba) et la responsabilité sociétale des entreprises minières sont étudiés.

Chapitre 9 : Problèmes Sociaux Contemporains en RDC

9.1. La Jeunesse : Atouts et Défis

L’élève analyse la situation démographique majoritaire des jeunes. Il étudie les problèmes du chômage des diplômés, de la manipulation politique et de la quête de modèles. Le potentiel créatif de la jeunesse dans les arts et l’entrepreneuriat numérique est valorisé.

9.2. La Question du Genre et la Promotion de la Femme

Ce module examine les rapports sociaux de sexe. L’élève analyse les inégalités de genre dans l’accès aux ressources et au pouvoir. Il étudie les avancées juridiques (Parité constitutionnelle, Code de la famille révisé) et les pesanteurs culturelles qui freinent l’émancipation des femmes congolaises.

9.3. Santé Publique et Société

L’élève aborde la santé comme fait social. Il analyse les déterminants sociaux des maladies endémiques (Malaria, Choléra) et des épidémies (Ebola). L’accès inégal aux soins, la coexistence de la médecine moderne et traditionnelle, et la gestion sociale des pandémies sont examinés.

9.4. Travail, Chômage et Loisirs

Le dernier module traite de la valeur travail en RDC. L’élève analyse la précarité de l’emploi, le phénomène des « journaliers » et l’absence de protection sociale. La sociologie des loisirs (musique, sport, église) est abordée comme exutoire et espace de reconstruction du lien social.

📎 ANNEXES ET BOÎTE À OUTILS

A.1. Lexique Sociologique Approfondi

Un glossaire technique définissant les concepts clés du programme de 2ème année (Anomie, Bureaucratie, Conflit latent, Habitus, Mobilité structurelle, Stratification, etc.). Il garantit la précision du vocabulaire employé par l’élève dans ses dissertations.

A.2. Grille d’Analyse des Institutions Sociales

Un tableau méthodologique permettant de décortiquer toute institution (Famille, École, État) selon quatre axes : Fonctions manifestes, Fonctions latentes, Dysfonctions et Structures d’autorité. Cet outil structure l’esprit critique de l’élève.

A.3. Cartographie des Disparités de Développement en RDC

Des cartes thématiques illustrant les inégalités régionales : taux de scolarisation par province, accès à l’eau potable, densité des infrastructures de santé. Ces supports visuels ancrent la réflexion sur les inégalités territoriales.

A.4. Recueil de Textes : Sociologie du Développement

Des extraits d’auteurs pertinents pour le contexte africain (Samir Amin, Georges Balandier, Célestin Monga). Ces lectures approfondissent la compréhension des mécanismes de dépendance et de changement social.

A.5. Guide de l’Observation Participante en Milieu Urbain/Rural

Une fiche technique guidant l’élève dans la réalisation de courtes enquêtes de terrain : comment observer un marché, une assemblée communautaire ou un service public sans perturber le milieu, et comment consigner les données objectives.