COURS DE SÉCHAGE DU BOIS, 3ÈME ANNÉE, OPTION MENUISERIE
Edition 2025 / Enseignement primaire, secondaire et technique en RDC
PRÉLIMINAIRES
0.1. Objectifs Généraux du Cours
Ce programme de 88 heures vise à conférer à l’élève de 3ème année la maîtrise complète des processus d’élimination de l’eau contenue dans le bois. L’apprenant développera les compétences nécessaires pour conduire des opérations de séchage naturel et artificiel, garantissant la stabilité dimensionnelle et la durabilité des ouvrages de menuiserie. L’objectif final est de transformer le bois brut en un matériau stable, apte à l’usinage et à la finition, minimisant les risques de déformations ultérieures.
0.2. Directives Méthodologiques
L’approche pédagogique privilégie l’observation directe et la manipulation des instruments de mesure. Les séances théoriques sur la physiologie de l’arbre précèdent systématiquement les travaux pratiques d’empilage sur chantier ou de pilotage de séchoir. L’enseignant exploitera les variations climatiques locales, comparant par exemple l’hygrométrie de Mbandaka à celle de Lubumbashi, pour illustrer l’influence de l’environnement sur l’équilibre hygroscopique du bois.
0.3. Hygiène, Santé et Environnement (HSE)
Les opérations de séchage exposent à des risques spécifiques liés à la manutention de lourdes charges et aux poussières fongiques. Le port des équipements de protection individuelle, notamment les gants de manutention et les chaussures de sécurité, est impératif lors de la construction des piles. L’élève apprendra également à identifier les risques d’incendie accrus dans les zones de stockage de bois sec et à maintenir une ventilation adéquate pour éviter les affections respiratoires dues aux moisissures.
0.4. Matériel et Équipement Requis
L’élève doit disposer d’un humidimètre à pointes pour les contrôles instantanés et d’un mètre ruban pour le dimensionnement des cales. L’établissement met à disposition les équipements collectifs : balance de précision pour la méthode par dessiccation, étuve de laboratoire, ainsi que les infrastructures de séchage (aire bétonnée, abri ventilé ou cellule de séchage artificielle).
PARTIE 1 : FONDAMENTAUX ET SÉCHAGE NATUREL
Cette première partie établit les bases théoriques indispensables à la compréhension des mouvements de l’eau dans le matériau ligneux. Elle se concentre ensuite sur la méthode de séchage la plus répandue en RDC : le séchage à l’air libre. L’élève acquiert les techniques rigoureuses d’organisation des chantiers et d’empilage, apprenant à exploiter les énergies naturelles (soleil, vent) tout en protégeant le bois des dégradations biologiques et climatiques.
Chapitre 1 : L’Eau dans le Bois et Principes de Séchage
1.1. États de l’eau et point de saturation
L’eau existe sous trois formes dans le bois : l’eau libre, l’eau de saturation et l’eau de constitution. Ce sous-chapitre définit le Point de Saturation des Fibres (PSF), situé généralement autour de 30% d’humidité, seuil critique où débutent les variations dimensionnelles. L’élève apprend à distinguer le bois vert du bois ressuyé et sec à l’air.
1.2. Le retrait et ses conséquences
L’évacuation de l’eau liée provoque le retrait du bois. L’étude analyse les trois directions du retrait : tangentiel (le plus fort), radial et axial (négligeable). L’apprenant comprend les mécanismes internes générant les fentes, les gerces et les tuilages, phénomènes exacerbés sur des essences nerveuses comme le Wenge ou l’Eucalyptus.
1.3. Notion de dessévage
Avant le séchage proprement dit, le bois peut subir un dessévage. Cette section explique les processus naturels (immersion, lessivage par la pluie) qui éliminent les substances nutritives (amidon, sucres) de l’aubier, réduisant ainsi la sensibilité aux attaques d’insectes et aux champignons chromogènes (bleuissement).
1.4. Mesure du taux d’humidité
La quantification de l’eau est la base du contrôle. L’élève maîtrise la méthode de référence par gravimétrie (double pesée et passage à l’étuve) et l’utilisation des humidimètres électroniques à résistance ou capacitifs. Il apprend à effectuer les mesures à cœur et en surface pour détecter les gradients d’humidité.
Chapitre 2 : Organisation du Chantier de Séchage
2.1. Choix du terrain et implantation
Le séchage naturel dépend de l’environnement. Ce sous-chapitre définit les critères d’un bon chantier : sol drainé, dégagé de végétation, et éloigné des sources d’humidité stagnante. L’élève apprend à niveler l’aire de stockage et à prévoir les allées de circulation pour les engins de manutention ou le portage manuel.
2.2. Orientation par rapport aux vents dominants
La circulation de l’air est le moteur du séchage naturel. L’étude porte sur l’orientation des piles perpendiculairement aux vents dominants pour traverser les canaux d’aération, ou parallèlement pour ralentir le séchage des bois fragiles. Cette stratégie est adaptée selon les régions, par exemple pour gérer l’Harmattan au nord de la RDC.
2.3. Construction des embases et fondations
Le bois ne doit jamais toucher le sol. L’élève acquiert la technique de construction des soubassements en béton (dés) ou en madriers traités, garantissant une garde au sol minimale de 30 à 50 cm. Cette surélévation assure la ventilation basse et protège les piles des remontées capillaires et des éclaboussures de pluie.
2.4. Protection contre les intempéries
Le soleil direct et la pluie sont les ennemis du séchage contrôlé. Ce point traite de la réalisation de toitures débordantes en tôle ou en matériaux locaux sur les piles, ainsi que de l’application de produits hydrofuges ou de S-hooks sur les bois de bout pour limiter les fentes d’extrémité dues à un séchage trop brutal.
Chapitre 3 : Techniques d’Empilage et Conduite
3.1. L’empilage horizontal
C’est la méthode standard pour la majorité des débits. L’élève apprend à disposer les planches en couches régulières séparées par des épingles (baguettes) de section carrée, parfaitement alignées verticalement au-dessus des traverses de fondation. La régularité de l’alignement prévient la déformation des planches sous leur propre poids.
3.2. Les empilages verticaux et obliques (en X)
Certains bois demandent un ressuyage rapide pour éviter l’échauffure. Ce sous-chapitre présente l’empilage vertical (en chèvre) et l’empilage oblique ou en X, souvent utilisés pour les pré-séchages de bois blancs comme le Limba ou l’Ilomba juste après le sciage. L’élève identifie les avantages de drainage de ces méthodes.
3.3. Gestion des épingles (Cales de séchage)
La cale est un outil technique. L’étude définit les essences à utiliser pour les épingles (bois secs, neutres, sans tanin tachant) et leurs dimensions selon l’épaisseur des planches à sécher. L’élève apprend à ajuster l’espacement des épingles pour contraindre les bois nerveux et limiter le gauchissement.
3.4. Surveillance et rotation des piles
Le séchage naturel est un processus lent qui exige un suivi. L’élève apprend à relever périodiquement le taux d’humidité sur des échantillons témoins placés au cœur de la pile. Il étudie également la nécessité de remanier les piles (inverser le centre et l’extérieur) en cas de séchage hétérogène.
PARTIE 2 : SÉCHAGE ARTIFICIEL ET INDUSTRIEL
Cette partie aborde les méthodes accélérées permettant d’atteindre des taux d’humidité bas incompatibles avec le séchage naturel sous climat tropical humide. Elle décrit le fonctionnement des séchoirs, la programmation des cycles thermiques et la gestion des défauts. L’élève passe du statut d’observateur passif à celui de pilote actif, manipulant la température, l’humidité relative et la ventilation pour optimiser les délais de production sans altérer la qualité du matériau.
Chapitre 4 : Technologie des Séchoirs
4.1. Séchoirs conventionnels à air chaud
Le séchoir classique reste la référence industrielle. Ce sous-chapitre décrit les composants : caisson isolé, batteries de chauffe (eau chaude, vapeur, électrique), ventilateurs de brassage et volets d’extraction. L’élève comprend le principe thermodynamique d’évacuation de l’air saturé et d’apport d’air sec chauffé.
4.2. Séchoirs solaires
Adaptée au contexte énergétique de la RDC, la technologie solaire est pertinente. L’étude présente les séchoirs solaires à effet de serre (directs) ou à capteurs externes (indirects). L’élève analyse l’efficacité de ces systèmes à Bunia ou Kolwezi pour atteindre des humidités de 12-15% à moindre coût énergétique.
4.3. Séchoirs par déshumidification (Pompe à chaleur)
Cette technologie électrique préserve la couleur des bois clairs. L’élève étudie le cycle frigorifique qui condense l’eau extraite du bois au lieu de rejeter l’air chaud à l’extérieur. Ce procédé, économe en énergie, est particulièrement adapté au séchage des bois durs et précieux comme l’Ebène ou le Wenge.
4.4. Instrumentation et régulation
Le pilotage requiert des capteurs fiables. Ce point détaille les sondes de température (bulbe sec), les sondes d’équilibre hygroscopique (bulbe humide ou plaquettes cellulose) et les anémomètres. L’élève apprend à interpréter les données affichées par les régulateurs automatiques ou semi-automatiques.
Chapitre 5 : Conduite d’un Cycle de Séchage
5.1. Phase de préchauffage et d’équilibrage
Le bois ne doit pas subir de choc thermique. L’élève apprend à monter progressivement la température du séchoir en maintenant une humidité relative très élevée (proche de 95%) pour chauffer le bois à cœur sans commencer le séchage, évitant ainsi les fentes de surface immédiates.
5.2. Phase de séchage proprement dit
C’est l’étape d’extraction de l’eau. Ce sous-chapitre enseigne l’application des tables de séchage (programmes) spécifiques à chaque essence et épaisseur. L’élève apprend à durcir les conditions (augmenter la température, baisser l’humidité de l’air) par paliers successifs, en surveillant le gradient de séchage.
5.3. Phase d’équilibrage et de conditionnement final
En fin de cycle, l’humidité doit être homogène. L’étude porte sur la phase finale où l’on réinjecte de la vapeur (ou de l’eau pulvérisée) pour détendre les contraintes internes du bois (cémentation) et uniformiser le taux d’humidité entre le cœur et la périphérie des planches.
5.4. Détermination des paramètres de séchage
Chaque chargement est unique. L’élève apprend à définir le programme de séchage en fonction de l’essence (tendre, mi-dure, dure), de l’épaisseur des avivés et de l’humidité initiale. Il s’exerce à utiliser les abaques de séchage pour éviter les erreurs de pilotage destructrices.
Chapitre 6 : Défauts de Séchage et Remèdes
6.1. Fentes et gerces de surface
Un séchage trop rapide en début de cycle déchire le bois. L’élève apprend à identifier les fentes superficielles dues à une contrainte de traction excessive sur l’enveloppe. Il étudie les mesures correctives : augmentation de l’humidité relative dans le séchoir et réduction de la ventilation.
6.2. Cémentation et contraintes internes
La cémentation est un durcissement de la couche externe qui bloque l’eau à l’intérieur. Ce sous-chapitre explique ce phénomène invisible mais critique lors de l’usinage ultérieur (resserrage sur la scie). L’élève acquiert la technique du test de la fourchette pour détecter les tensions et la procédure de dé-cémentation à la vapeur.
6.3. Collapsus (Effondrement cellulaire)
Certaines essences comme l’Eucalyptus sont sujettes à l’écrasement des cellules. L’élève étudie ce défaut grave qui se traduit par une surface ondulée (« tôle ondulée »). Il apprend à prévenir le collapsus par des températures douces au début du séchage, tant que l’eau libre n’est pas évacuée.
6.4. Altérations biologiques et chromatiques
Le séchage mal conduit favorise les champignons. Ce point aborde les risques d’échauffure (bois étuvé) ou de bleuissement si la ventilation est insuffisante ou la température trop basse. L’élève apprend à gérer les paramètres pour stériliser le bois (traitement thermique) et fixer la couleur naturelle.
PARTIE 3 : CONSERVATION, STOCKAGE ET QUALITÉ
La dernière partie traite de l’après-séchage, phase souvent négligée mais cruciale pour maintenir le bénéfice du travail accompli. Elle définit les conditions de stockage garantissant la stabilité du bois jusqu’à sa mise en œuvre et aborde les aspects économiques du séchage. L’élève intègre la notion d’équilibre hygroscopique comme une donnée dynamique variant selon la géographie de la RDC et la destination finale de l’ouvrage.
Chapitre 7 : Équilibre Hygroscopique et Stabilisation
7.1. Notion d’Équilibre Hygroscopique (HGL)
Le bois échange en permanence avec l’air ambiant. Ce sous-chapitre enseigne la lecture du diagramme de l’air humide pour déterminer l’humidité d’équilibre du bois en fonction de la température et de l’humidité relative de l’air. L’élève comprend pourquoi un bois sèche à 12% à Kinshasa reprendra de l’humidité s’il est transporté à Matadi sans protection.
7.2. Stabilisation après séchage
Le bois sortant du séchoir est instable. L’étude insiste sur la période de repos nécessaire sous abri pour permettre la redistribution de l’humidité résiduelle et la relaxation des tensions mécaniques. L’élève apprend à planifier ce temps de latence avant tout usinage de précision.
7.3. Taux d’humidité recommandés par usage
La destination dicte le séchage. L’élève mémorise les normes usuelles : 18-20% pour la charpente extérieure, 12-14% pour la menuiserie extérieure, 10-12% pour le parquet et le mobilier intérieur en RDC, et 8-10% pour l’exportation vers les pays tempérés ou les locaux climatisés.
7.4. Hystérésis de sorption
Le bois ne reprend pas l’humidité comme il la perd. Ce point technique explique le phénomène d’hystérésis (écart entre la courbe d’adsorption et de désorption). L’élève intègre cette marge de sécurité qui confère une certaine inertie au bois sec face aux brèves variations climatiques.
Chapitre 8 : Stockage et Magasinage
8.1. Conception des magasins de stockage
Le hangar de stockage préserve la valeur. Ce sous-chapitre définit les caractéristiques architecturales : sol bétonné avec rupture de capillarité, toiture étanche isolée thermiquement, et parois permettant une ventilation transversale régulée. L’élève apprend à concevoir un espace protégeant des UV et de la réhumidification.
8.2. Modes d’empilage de conservation
Le stockage définitif diffère du séchage. L’élève apprend à empiler les bois secs à plats jointifs (sans épingles) pour limiter la reprise d’humidité et économiser l’espace, ou à maintenir les épingles si le bois n’est pas encore parfaitement stabilisé. La gestion des lots par essence et épaisseur est soulignée.
8.3. Ventilation des locaux
L’air doit circuler mais pas trop. L’étude porte sur la gestion de la ventilation naturelle ou artificielle pour maintenir une ambiance saine sans provoquer de variations brusques. L’élève apprend à fermer les magasins par temps de brouillard ou de forte pluie pour éviter la reprise d’humidité.
8.4. Hygiène et entretien des stocks
Les parasites menacent le bois sec. Ce point couvre le nettoyage régulier des magasins pour éliminer les débris foyers d’infection, le piégeage des rongeurs et l’application éventuelle de traitements de préservation de surface sur les piles stockées pour une longue durée.
Chapitre 9 : Aspects Économiques et Énergétiques
9.1. Coût du séchage
Sécher coûte cher mais rapporte. L’élève apprend à identifier les postes de coûts : énergie thermique, électricité pour la ventilation, main-d’œuvre de manutention et amortissement des installations. Il comprend la valeur ajoutée du bois sec sur le marché local et international.
9.2. Valorisation des déchets de bois (Biomasse)
L’énergie est souvent sur place. Ce sous-chapitre explore l’utilisation des déchets de scierie (dosses, sciures, écorces) comme combustible pour les chaudières des séchoirs. L’élève envisage le séchage comme un processus intégré à l’économie circulaire de l’entreprise de menuiserie.
9.3. Contrôle qualité et certification
La confiance du client repose sur la preuve. L’élève apprend à rédiger un procès-verbal de séchage attestant de la conformité du lot. Il étudie les procédures de contrôle final par échantillonnage avant expédition pour garantir que le bois livré correspond au cahier des charges.
9.4. Impact environnemental
Le séchage a une empreinte. L’étude sensibilise l’élève à l’optimisation énergétique des cycles, à l’isolation des séchoirs et au choix de méthodes de séchage (naturel ou solaire) à faible impact carbone lorsque les délais de production le permettent, contribuant à une gestion durable de la filière bois congolaise.
ANNEXES
A.1. Tableaux des Humidités d’Équilibre en RDC
Données climatiques moyennes par province (Kinshasa, Nord-Kivu, Haut-Katanga, etc.) et taux d’humidité d’équilibre du bois associés pour les saisons sèches et humides.
A.2. Programmes de Séchage Types
Exemples de tables de séchage (température/humidité relative/durée) pour trois essences représentatives : un bois tendre (Ayous), un bois mi-dur (Sipo) et un bois dur (Wenge).
A.3. Classification des Essences par Vitesse de Séchage
Liste des principales essences commerciales de la RDC classées selon leur aptitude au séchage : séchage rapide, modéré, lent ou très délicat.
A.4. Guide de Correction des Défauts
Tableau synoptique reliant les défauts observés (tuilage, cémentation, fentes) aux causes probables et aux actions correctives immédiates à appliquer sur le séchoir.
A.5. Modèle de Fiche de Suivi de Séchage
Document vierge permettant à l’élève de relever quotidiennement les paramètres (poids des témoins, hygrométrie air, température) pour tracer la courbe de séchage.